Cameroun : l’électricité sous contrôle total de l’État avec la création de Socadel

Cameroun : l’électricité sous contrôle total de l’État avec la création de Socadel

La société publique d’électricité Eneo a été renationalisée et devient désormais Socadel. À la date de signature, l’État camerounais détient l’intégralité du capital de la nouvelle entité, avec la possibilité prévue dans les statuts d’ouvrir ultérieurement ce capital à d’autres acteurs publics ou privés. Le siège social reste établi à Douala.

La Socadel reprend l’ensemble des activités de son prédécesseur, notamment la production, la distribution, l’importation et la commercialisation de l’électricité, ainsi que ses actifs et engagements. Les employés d’Eneo sont intégrés dans la nouvelle structure afin de préserver les compétences techniques.

Placée sous la double tutelle du ministère de l’Eau et de l’Énergie pour les aspects techniques et du ministère des Finances pour la gestion financière, la nouvelle société sera dirigée par une Assemblée générale, un Conseil d’administration et une Direction générale. L’ancien ministre Antoine Ntsimi a été nommé au sein du conseil d’administration.

Une réforme engagée depuis 2025

Cette transformation marque l’aboutissement d’un processus amorcé en novembre 2025, lorsque l’État camerounais avait racheté, pour 78 milliards de FCFA, les 51 % du capital d’Eneo détenus depuis 2014 par le fonds britannique Actis. À l’issue de cette opération, la participation publique avait atteint 95 %, les 5 % restants étant réservés aux employés.

Eneo dispose d’un parc de 44 centrales fonctionnant grâce à un mix énergétique combinant hydroélectricité, thermique et solaire, et conserve une position dominante dans la distribution d’électricité au Cameroun. L’entreprise emploie environ 4 000 personnes.

Depuis sa privatisation en 2001, l’opérateur a connu plusieurs évolutions capitalistiques. À l’époque, l’américain AES Corporation avait repris la Société nationale d’électricité (Sonel), avant de céder ses parts à Actis en 2014.

Un secteur fragilisé par une dette élevée

La renationalisation intervient dans un contexte financier délicat. Selon le Fonds monétaire international, la dette globale d’Eneo est estimée à environ 800 milliards de FCFA, dont plus de 500 milliards dus aux fournisseurs.

Dans ses analyses, le FMI souligne que le retour de l’État dans le capital accentue les pressions budgétaires, notamment en raison du maintien de tarifs régulés en dessous du seuil de rentabilité. Cette situation oblige le Trésor public à multiplier les compensations financières pour soutenir l’entreprise. À cela s’ajoute un faible taux de recouvrement des factures, qui entretient un système de subventions permanentes.

Avec un budget national estimé à 7 300 milliards de FCFA en 2026, la prise en charge des déficits du secteur électrique vient alourdir les contraintes financières du pays, dans un contexte de discipline budgétaire renforcée.

La renationalisation s’inscrit dans le cadre du Compact énergétique du Cameroun, adopté en août 2025, qui vise une capacité installée de 3 000 MW d’ici 2030 et un accès élargi à l’électricité pour 8 millions de personnes supplémentaires.

Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a présenté une feuille de route prévoyant notamment l’ajout de 150 MW pour les industriels de Douala avant fin 2026, ainsi que le déploiement de 8 000 compteurs intelligents afin de réduire les pertes commerciales.

Le secteur reste confronté à des coupures fréquentes, en particulier dans le réseau interconnecté Sud, où la demande dépasse régulièrement l’offre disponible. Des infrastructures comme la centrale à gaz de Kribi, les barrages de Memve’ele et de Nachtigal  dont une seconde phase a été mise en service en 2024  sont identifiées comme des leviers majeurs pour améliorer la production.

Au-delà du Cameroun, cette décision s’inscrit dans une tendance observée en Afrique, où plusieurs États remettent en cause les privatisations des années 1990-2000 dans les secteurs stratégiques, au nom de la souveraineté énergétique et de l’amélioration des services publics.

 

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