Chine : L’étrange rebond des cours du pétrole malgré une offre excédentaire
Contre toute attente, les marchés pétroliers ont entamé l’année 2026 sur une dynamique haussière. En l’espace de quelques semaines, le baril s’est rapproché du seuil des 70 dollars, alors que la majorité des projections tablaient encore récemment sur un niveau nettement inférieur, autour de 50 dollars. Ce retournement soudain s’explique par une combinaison de facteurs géopolitiques, logistiques et financiers, dans un contexte où la demande asiatique reste soutenue.
À la fin de 2025, le scénario dominant reposait sur un excédent durable de l’offre mondiale, susceptible de maintenir les prix sous pression. Les développements observés dès janvier ont cependant rebattu les cartes, introduisant de nouvelles tensions sur un marché que l’on croyait excédentaire et relativement stable.
Le retour d’une prime de risque géopolitique
L’un des principaux moteurs de la remontée des prix réside dans la résurgence des incertitudes géopolitiques. Les signaux d’un possible durcissement des sanctions américaines visant l’Iran, combinés à la persistance de l’isolement énergétique de la Russie, ont ravivé les inquiétudes sur la disponibilité future des volumes exportables. Plusieurs analystes estiment que cette seule prime de risque aurait contribué à renchérir le baril de plusieurs dollars, parfois jusqu’à une dizaine selon certaines projections.
Dans le même temps, l’excédent d’offre mondial ne se traduit pas mécaniquement par une accumulation visible des stocks. Une part significative des volumes supplémentaires reste immobilisée ou en transit, notamment sous forme de cargaisons russes et iraniennes difficiles à écouler dans les circuits traditionnels. Cette situation atténue l’effet baissier habituellement associé à un marché surapprovisionné.
La Chine au cœur du rééquilibrage
La demande asiatique, et en particulier celle de la Chine, a largement contribué au redressement des cours. En fin d’année 2025, les importations chinoises de pétrole ont atteint un niveau record, dépassant les 13 millions de barils par jour. Les autorités et les acteurs du secteur évoquent une politique active de constitution de réserves stratégiques, avec des achats supplémentaires estimés à plusieurs centaines de milliers de barils par jour pour 2026.
L’Inde, de son côté, a ajusté sa stratégie d’approvisionnement en diversifiant davantage ses sources hors Russie. Ce recentrage vers le Moyen-Orient, l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique latine a contribué à redessiner les flux commerciaux régionaux et à renforcer la pression sur certaines qualités de brut.
Chocs d’offre et emballement financier
Sur les marchés financiers, le mouvement a été accentué par un changement rapide de positionnement des investisseurs. Après une fin d’année 2025 marquée par des positions massivement baissières, les opérateurs ont progressivement couvert leurs ventes à découvert pour se repositionner à l’achat. Résultat : les contrats à terme sur le Brent ont progressé de près de 15 % depuis le début de l’année, enregistrant l’une des hausses mensuelles les plus marquées depuis 2022.
À ces facteurs s’ajoutent plusieurs perturbations physiques de l’offre. Des incidents de production au Kazakhstan et en Libye ont réduit les volumes disponibles, tandis qu’une violente tempête hivernale aux États-Unis a temporairement interrompu jusqu’à 2 millions de barils par jour de capacités. Ce choc a également stimulé la demande intérieure liée au chauffage, renforçant la tension sur le marché.
Enfin, le rôle croissant des algorithmes de trading a amplifié la volatilité. Le basculement rapide de stratégies baissières vers des stratégies haussières a accentué la remontée des prix, tout en exposant le marché à un risque de correction brutale en cas de normalisation des fondamentaux.
Une OPEP+ prudente
Dans ce contexte instable, l’alliance OPEP+ adopte pour l’instant une posture d’attentisme, maintenant ses niveaux de production inchangés. Une stratégie prudente, alors que l’équilibre du marché reste fragile et fortement dépendant de facteurs exogènes.
