Exploitation artisanale de l’or : une confédération créée pour accélérer la formalisation
La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans l’organisation de son secteur minier artisanal avec la création d’une confédération destinée à structurer davantage les activités extractives et à accélérer leur intégration dans le circuit formel. Cette nouvelle organisation entend rassembler des acteurs longtemps dispersés, améliorer leur représentation auprès des autorités et promouvoir des pratiques professionnelles plus rigoureuses.
Cette initiative intervient alors que le phénomène de l’orpaillage clandestin continue de représenter un important manque à gagner pour l’État ivoirien. Selon une étude de Bloomfield Intelligence, les pertes liées à l’exploitation illégale de l’or sont estimées à près de 4 600 milliards de FCFA par an, soit environ 142 tonnes d’or échappant chaque année aux circuits officiels.
D’après Solange Kouadio, directrice de l’exploitation EMAPE, 279 nouvelles autorisations ont été accordées en 2025, portant à 820 le nombre total de titres miniers artisanaux et semi-industriels valides sur l’ensemble du territoire. La production officiellement déclarée a atteint 977,2 kilogrammes d’or cette année, dont 263,3 kilogrammes issus de l’exploitation artisanale et 713,9 kilogrammes provenant du secteur semi-industriel.
Malgré cette progression, les chiffres restent faibles comparés aux volumes circulant dans le secteur informel. Cet écart met en évidence l’ampleur des défis liés à la formalisation des activités minières artisanales en Côte d’Ivoire.
Le premier vice-président du GRAMCI, Eugène Malan, a souligné plusieurs difficultés qui freinent encore le développement du secteur, notamment l’accès limité aux nouvelles technologies, la faible disponibilité des données géologiques et les préoccupations environnementales. Selon lui, l’exploitation minière artisanale et à petite échelle demeure un véritable levier économique, mais nécessite une meilleure structuration et une modernisation plus poussée.
Pour sa part, le directeur général de la Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire (Sodemi), Seydou Moussa Koné, a insisté sur l’importance de la maîtrise des données du sous-sol. Il estime que la cartographie et la géolocalisation des ressources minières permettront d’orienter les exploitations vers des zones identifiées, tout en limitant l’expansion de l’orpaillage clandestin.
Selon lui, une meilleure connaissance géologique constitue un outil essentiel pour sécuriser les investissements et réduire les risques liés à l’exploitation illégale.
Cependant, plusieurs contraintes persistent encore. Les participants au workshop ont évoqué les lenteurs administratives, la complexité des procédures d’obtention des autorisations, ainsi que les demandes d’exploitation dans des zones interdites. Ils ont également relevé la difficulté d’intégrer les nombreux acteurs informels dans un cadre réglementaire conforme aux exigences de l’État.
La Côte d’Ivoire s’inscrit ainsi dans une dynamique observée dans plusieurs pays de la sous-région. Au Ghana, premier producteur d’or d’Afrique de l’Ouest, les autorités ont lancé depuis 2017 un programme de « community mining » afin de mieux encadrer les petits exploitants, avec des résultats mitigés.
De son côté, le Burkina Faso est confronté à des difficultés similaires, aggravées par l’insécurité et la présence de groupes armés sur certains sites artisanaux.
Parallèlement aux efforts de formalisation, les autorités ivoiriennes poursuivent les opérations de lutte contre l’exploitation illégale. La Brigade de répression des infractions au code minier (BRICM), appuyée par la gendarmerie, mène régulièrement des interventions sur les sites clandestins. En mars dernier, plusieurs opérations conduites à Adzopé et Bongouanou ont permis la destruction de nombreux équipements d’extraction.
Le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, a réaffirmé le 16 avril à Washington, en marge des Assemblées de printemps du FMI et de la Banque mondiale, la volonté du gouvernement ivoirien de poursuivre une stratégie combinant répression de l’exploitation illégale et accompagnement des opérateurs engagés dans la formalisation du secteur minier artisanal.
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