Mauritanie : la justice frappe deux députées, l’opposition dénonce un procès expéditif

Mauritanie : la justice frappe deux députées, l’opposition dénonce un procès expéditif

En plus de la peine d’emprisonnement, les deux parlementaires ont été condamnées à s’acquitter des frais de justice, à des sanctions complémentaires, ainsi qu’au retrait de l’ensemble des contenus publiés sur leurs plateformes numériques. Le tribunal a également ordonné la saisie de leurs téléphones portables et la fermeture de leurs comptes en ligne.

Les accusations retenues portent notamment sur la diffusion de contenus jugés offensants envers les symboles nationaux, la publication de propos à caractère discriminatoire, la diffamation, les menaces, ainsi que l’incitation à des rassemblements susceptibles de troubler l’ordre public. Les poursuites s’appuient sur la loi mauritanienne n°2016-007 du 20 janvier 2016 relative à la cybercriminalité.

Dès l’ouverture du procès, la défense a vivement contesté la procédure. Les avocats ont dénoncé une requalification des faits sans notification préalable aux prévenues, estimant qu’il s’agit d’une atteinte à leurs droits fondamentaux. L’IRA-Mauritanie a, de son côté, regretté la rapidité de la procédure, soulignant que les débats et le verdict ont été expédiés en moins de deux heures. Les conseils des deux élues ont annoncé leur intention de faire appel.

Les deux députées avaient été placées sous mandat de dépôt le 21 avril, après des interventions en direct sur les réseaux sociaux dans lesquelles elles critiquaient le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et son gouvernement. Le parquet général a invoqué la notion de flagrant délit pour lever leur immunité parlementaire sans passer par un vote de l’Assemblée nationale, une procédure exceptionnelle prévue par la législation sur la cybercriminalité.

Selon Biram Dah Abeid, fondateur de l’IRA, l’une des députées, Mariem Cheikh Dieng, mère d’un nourrisson de trois mois, aurait été détenue durant douze jours dans un lieu non officiel, présenté comme un centre de la police antiterroriste situé hors de Nouakchott. Le mouvement a également exprimé des inquiétudes quant à l’état de santé de Ghamou Achour.

Une mouvance sous pression

L’IRA-Mauritanie (Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste) est l’une des principales organisations engagées contre les séquelles de l’esclavage en Mauritanie. Bien que cette pratique ait été abolie en 1980 puis criminalisée en 2015, ses militants, majoritairement issus de la communauté Haratine  descendants d’esclaves  dénoncent depuis des années des arrestations répétées, des procès à caractère politique et diverses formes de pressions.

Les deux élues appartiennent au parti Sawab, formation d’opposition proche de l’IRA. Leur condamnation intervient peu après la visite d’État du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani en France, du 15 au 17 avril, marquée par un renforcement de la coopération sécuritaire et économique entre Paris et Nouakchott, dans un contexte de rivalités d’influence impliquant également le Maroc et l’Algérie.

Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, suivent de près cette affaire. La présence d’un nourrisson en détention a notamment suscité de vives réactions, tant au sein de l’opinion publique mauritanienne qu’auprès des partenaires internationaux du pays.

Cette affaire survient alors que des tentatives de relance du dialogue national étaient en cours entre le pouvoir et une partie de l’opposition. La condamnation et le maintien en détention des deux députées pourraient compromettre ces efforts, à l’approche des prochaines échéances législatives.

 

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