Plateforme Sankofa : Olivier Bégro mise sur la formalisation et l’accès au financement

Plateforme Sankofa : Olivier Bégro mise sur la formalisation et l’accès au financement

En Côte d’Ivoire, comme dans maints autres Etats d’Afrique, l’entrepreneuriat se présente comme une option privilégiée, pour résorber le chômage et la pauvreté. Mais les initiatives sont souvent fragilisées par des facteurs divers. Dans le souci d’aider à relever les défis en matière de financement et d’accès aux documents légaux, Olivier Bégro vient de mettre sur pied une plateforme.

En attendant sa présentation officielle prévue pour le 28 mars prochain, la rédaction est allée à sa rencontre, le vendredi 23 janvier 2026. Dans un entretien qu’il a bien voulu nous accorder au siège de sa structure sise au quartier Mockeyville de Grand Bassam, il évoque les fonctionnalités et les opportunités de cette application.

Bonjour Monsieur ! La rédaction vous sait gré pour l’opportunité que vous lui offrez, dans le cadre de cet entretien. Mais avant tout propos, présentez-vous à nos lecteurs !

Je suis Olivier Bégro, Juriste de profession et de formation, avec plus d’une vingtaine d’années dans le domaine. Je suis le concepteur de la plateforme Sankofa et le Président directeur général (Pdg) de Legalis Africa, structure promotrice.

Le jeudi 22 janvier, vous avez fait la présentation d’une application en ligne, de quoi s’agit-il ?

Oui, la plateforme s’appelle Sankofa, nom d’un oiseau mythique qui signifie retour au passé pour y rechercher tout ce qui est meilleur, afin de construire l’avenir. Donc à propos de cette application, nous voulons un avenir radieux pour toutes les entreprises et tous les entrepreneurs africains. Cette plateforme a été lancée le 12 janvier 2026.

Parlez-nous du rôle de cette plateforme.

Premièrement, ici, nous réunissons le droit, la fiscalité, avec les technologies nouvelles. Cette plateforme permet aujourd’hui de pouvoir assainir l’univers économique africain. Elle est une aide à la création d’entreprise, à des coûts réduits.

Deuxième chose, sur Sankofa, on peut bien entendu créer son ONG, son association, sa fondation. Mais Sankofa, ce n’est pas seulement cela. Avec notre module Thémis, nous permettons à celui qui a besoin de documents juridiques, conformes à l’Ohada, de le trouver sur Sankofa rapidement, en moins de 5 minutes, le générer, le télécharger, l’imprimer et aller conclure son affaire. Sankofa est aussi un outil didactique et éducatif. Avec la veille juridique, nous pouvons transmettre des alertes immédiatement à nos clients pour leur dire, voilà une évolution réglementaire qui se fera.

Avec Sankofa, vous avez la jurisprudence qui vous permet de savoir quelles sont les décisions des tribunaux sur tel ou tel point. Vous avez aussi un lexique qui vous permet d’affiner votre connaissance du droit. Et avec tout cela, vous êtes à même de pouvoir affronter, en tant qu’entrepreneur, étudiant ou même en tant que grande entreprise, le monde des affaires.

Plus encore, nous permettons à ce qu’à travers Sankofa, tout individu, toute entreprise puisse être mis en relation avec des notaires, des avocats, des commissaires de justice, des agents d’affaires, des conseillers juridiques. Ainsi, toute personne, lorsqu’elle a des problématiques spécifiques juridiques, peut trouver un appui sur la plateforme.

Par ailleurs, nous parlons de la fiscalité. Beaucoup de nos concitoyens ont des appréhensions au niveau fiscal. Pourquoi ?

Parce que pour eux, la fiscalité c’est un mystère. Ils ne comprennent pas ce qu’ils doivent payer, quand ils doivent payer. Alors, nous avons dit, allons-y, appliquons la fiscalité automatisée, pour permettre à ce que l’Ivoirien ou le citoyen lambda puisse comprendre les choses. S’il a, bien sûr, un numéro de compte contribuable, qu’il puisse savoir quand payer, qu’est-ce qu’il doit payer, par rapport à la forme juridique et aux impositions qui lui sont faites. Voilà ! Sankofa est là pour aider, pour formaliser le secteur informel.

Quelles sont ses populations cibles ?

Sankofa est là pour tous. Elle est surtout là pour donner des outils didactiques aux étudiants, aider les entrepreneurs qui n’ont pas beaucoup d’argent. La plateforme est là pour aider toutes les petites entreprises à se structurer et aussi les PME, sans oublier les grandes entreprises. Sankofa n’est pas une plateforme seulement ivoirienne. C’est une plateforme africaine. Car elle est destinée à l’espace Ohada qui a 17 pays.

En tant que plateforme, quelles sont ses fonctionnalités ?

Nous avons voulu Sankofa très très accessible. Vous venez sur www.sankofa-legaltech.com. Dès que vous vous inscrivez, vous avez un tableau de bord qui vous permet de faire immédiatement votre demande.

Vous avez deux possibilités, soit vous vous abonnez. L’abonnement commence à 5 000 francs pour le secteur informel, à 15 000 francs pour les start-up, étudiants et bien sûr les entreprises individuelles. Il coûte 50 000 francs pour les PME et TPE qui ont un certain volume et puis, sur devis, pour les grandes entreprises qui souhaitent vraiment avoir toute la plateforme.

Soit, lorsque vous allez sur Sankofa, vous pouvez ne pas vous abonner. Mais vous pouvez vous inscrire, pour des actes ponctuels. Par exemple, je veux juste prendre un contrat, aller voir ici une veille. Donc il y a deux possibilités concernant la fonctionnalité. L’abonnement vous offre donc certains services et certains bonus et les tarifications par acte juridique ou fiscal que vous voulez faire sur la plateforme.

Le monde aujourd’hui ploie sous le poids des applications. Parlant de Sankofa, quelle est sa spécificité ?

Imaginez, je suis du secteur informel. Je suis la dame qui vend des beignets pour tous les étudiants et élèves qui passent. Et puis, j’ai envie d’avoir un dossier de crédit finançable.

Mais comment je peux le faire ? Pour être financé, il faut être formel. Aucune institution financière n’octroie de crédit à une entreprise qui n’est pas formalisée. Ça, il faut que nous en soyons sûrs.

Ensuite, je me dis où je peux trouver cet appui ? Mais je l’ai sur Sankofa. Parce qu’avec Sankofa, j’ai droit à trois choses. La première, je formalise mon entreprise à coût réduit, avec un taux de réduction de 50 %. Deuxième chose, j’ai la possibilité de voir mon dossier de crédit transmis et monté auprès d’une société de microfinance. Et la troisième chose, comme j’ai peur des impôts, je me fais suivre par un Centre de gestion agréé (Cga) qui est partenaire à Sankofa.

Il n’y a donc aucune LegalTech ou TaxTech qui le fait. En plus, au lieu de rester dans la version 1, nous avons une version 2 qui va arriver. Elle comprend un module comptable. Un module de modification de l’entreprise, des IA pour les professionnels du droit. Et puis, éventuellement, les agréments administratifs qui seront maintenant ouverts, pour permettre aux entreprises, qui sont à la recherche de marché, d’avoir des agréments auprès de l’Etat de Côte d’Ivoire.

Nous avons des applications qui font, par exemple, juste de la création d’entreprises. Il y en a qui font juste de la mise en relation avec des officiers ministériels. D’autres font juste de la jurisprudence. Mais une application qui fait tout, la seule, c’est Sankofa.

Peut-on savoir le modèle économique propre à cette application ?

Assurément ! Le modèle économique de Sankofa s’inscrit dans notre vision de formaliser le secteur informel. Qu’on le veuille ou pas, tous les Etats africains ont une problématique. On a le secteur informel qui bouge, travaille, mais qui n’est pas formalisé. C’est un blocage même au plus haut niveau de l’Etat. Les ministères du Plan et développement de nos pays souffrent, parce que le secteur formel est moindre que le secteur informel qui a plus de masse.

Mais nous, nous offrons, à la fois à l’Etat, aux collectivités locales, aux agents des secteurs informels une possibilité de se formaliser avec des bonus et des éléments qui permettent vraiment d’être encadrés, suivis et d’avoir des opportunités de financement.

Pour accéder à l’application, est-ce qu’il y a des conditions particulières ?

Non ! Le site est disponible sur www.sankofa-legaltech.com. D’ici début février, on aura donc Sankofa disponible sur Play Store et sur App Store, pour que chacun puisse télécharger immédiatement l’application et l’installer sur son ordinateur ou sur son portable.

La réalisation de tout projet obéit à un mobile précis. Pouvez-vous nous situer sur les raisons de la mise sur pied de cette application ?

Oui, merci beaucoup ! Je suis Juriste depuis plus de 20 ans. Je suis de l’école du professeur Francis Wodié. Paix à son âme ! Quand nous avons commencé à travailler dans les années 2000, on a vu qu’il y avait beaucoup de paperasse. Moi, je n’aime pas la paperasse. Je préfère le numérique. C’est vrai, il y a des avantages et des inconvénients. Mais en réalité il faut noter un élément important. Le numérique est une obligation. Soit on l’utilise pour avancer, soit on se met en retard du monde dans lequel nous vivons.

Nous avons remarqué aussi que dans le domaine juridique, il y a beaucoup de paperasse, mais peu de numérique. Le droit n’est pas accessible et c’est une réalité. Notre vision avec Sankofa, c’est de le démocratiser, le simplifier et le rendre accessible pour tous.

A la longue, Sankofa sera pour nous, et nous le souhaitons, la référence pour l’accessibilité au droit et permettre à chacun de pouvoir utiliser l’application comme son assistant juridique et fiscal de poche.

En termes de gestion des données, quelles sont les garanties de sécurité que présent Sankofa ?

Nous avons déjà commencé à nous appuyer sur l’ARTCI, pour qu’elle nous donne les serveurs qu’il faut. Nous avons rempli le formulaire de gestion des données à caractère personnel.

Et donc l’ARTCI nous demandons de présenter notre système, notre serveur et tout cela. Donc nous faisons tout pour que notre stratégie soit validée par l’ARTCI et soit protégée, pour qu’aucun souci ne se fasse à ce niveau. Nous avons des serveurs sécurisés.

En termes de stockage, quelles sont les capacités de l’application ?

En matière de jurisprudence, nous allons, d’ici fin mars, implémenter 1000 documents. En matière de contrats, nous serons pratiquement à 500 sur la plateforme, avec les veilles réglementaires qui viendront aussi.

M. Bégro, nous sommes à la fin de cet entretien. Quel est votre message, en termes de conclusion ?

Mon message, c’est d’abord de dire merci au Seigneur Jésus Christ, pour m’avoir inspiré. Ensuite, pour moi, il faut que chacun s’approprie Sankofa. Quand je dis chacun, c’est d’abord les organismes étatiques. L’État doit soutenir la digitalisation. Comme il l’a dit d’ailleurs, d’ici 2030, plus de papiers dans l’administration. Par conséquent, nous qui sommes des promoteurs de concepts digitaux, nous devons être soutenus. Et je suis totalement d’avis avec l’État, avec le label Startup qu’il veut promouvoir et auquel nous allons essayer de participer. Cela, pour permettre vraiment aux startups qui pensent à la digitalisation, à l’amélioration du climat des affaires, de pouvoir progresser.

Ensuite, Sankofa doit être adoptée par le secteur informel, toutes les structures de commerce, les faitières. Parce qu’en réalité, il faut comprendre une chose, plus vite je me structure, plus vite je peux avoir du financement, plus vite je vais de l’avant.

Mais Legalis Africa, structure qui a conçu Sankofa, va plus loin. Bientôt, nous allons promouvoir les premières applications de gestion des conseils d’administration, les premières applications de gestion des contrats pour l’entreprise et pour particuliers, les premières applications de gestion des clients, pour les cabinets d’avocats, les cabinets de notaires et autres.

 

Interview réalisée par Aman Roger


 

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