Sécurité sanitaire : le Gabon encadre strictement les produits alimentaires artisanaux

Sécurité sanitaire : le Gabon encadre strictement les produits alimentaires artisanaux

L’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA) a décidé d’interdire jusqu’à nouvel ordre la commercialisation de plusieurs produits alimentaires artisanaux, notamment les jus de bissap, de gingembre, le lait caillé ainsi que les glaces en sachet vendus dans les rues et marchés du pays.

Cette mesure concerne particulièrement un secteur très présent dans les marchés populaires, les gares routières et les quartiers urbains de Libreville, Port-Gentil et d’autres villes du Gabon. Selon l’AGASA, cette décision vise à renforcer les normes de sécurité alimentaire et à limiter les risques sanitaires liés aux conditions de fabrication et de conditionnement de ces produits.

L’agence met notamment en cause l’utilisation fréquente de bouteilles récupérées pour emballer les boissons artisanales, une pratique jugée non conforme aux exigences internationales en matière d’hygiène et de sécurité sanitaire.

La suspension reste en vigueur pour une durée indéterminée. Les producteurs et commerçants concernés devront désormais obtenir un agrément sanitaire délivré par l’AGASA avant de pouvoir reprendre leurs activités. Une liste officielle des opérateurs autorisés sera publiée après les contrôles et les vérifications de conformité.

Dans cette dynamique, l’AGASA appelle les vendeurs et producteurs à se faire enregistrer auprès de ses représentations provinciales. Cette opération de recensement vise à mieux identifier et encadrer un secteur qui évoluait jusque-là en grande partie dans l’informel. Les autorités exigent désormais des améliorations techniques concernant les méthodes de fabrication, le conditionnement et la traçabilité des produits.

Cette décision suscite toutefois des inquiétudes chez de nombreux petits commerçants. Pour plusieurs centaines de micro-entrepreneurs, notamment des femmes et des jeunes, la vente de jus artisanaux et de produits laitiers en sachet représente une source essentielle de revenus quotidiens. Dans un contexte où le secteur informel occupe une place importante dans l’économie gabonaise, cette interdiction pourrait fragiliser davantage certaines activités de subsistance.

À ce stade, aucune mesure d’accompagnement financier ou technique n’a été annoncée par les autorités pour aider les producteurs à se conformer aux nouvelles exigences sanitaires.

Le Gabon n’est pas le seul pays à adopter ce type de réglementation. Plusieurs États d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale ont récemment engagé des actions similaires pour mieux contrôler le commerce informel des produits alimentaires. Le Cameroun, la Côte d’Ivoire ou encore le Sénégal ont notamment pris des mesures visant les sachets d’eau, les boissons artisanales et certains produits laitiers non certifiés.

Cependant, dans plusieurs pays, l’application de ces décisions se heurte souvent aux difficultés des petits producteurs à accéder à des équipements conformes, à des formations en hygiène alimentaire ou à des financements adaptés. Certains observateurs craignent ainsi que des restrictions trop strictes ne poussent une partie des commerçants vers des circuits clandestins, compliquant davantage le contrôle sanitaire recherché par les autorités.

Avec une population estimée à environ 2,4 millions d’habitants, dont plus de 85 % vivent en milieu urbain, le Gabon fait face à des enjeux importants liés à la sécurité alimentaire et à la régulation des circuits de distribution de proximité dans ses principales agglomérations.

 

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