Syrie : l’eau utilisée comme moyen de pression politique à l’est de l’Euphrate

Syrie : l’eau utilisée comme moyen de pression politique à l’est de l’Euphrate

La coupure de l’approvisionnement en eau potable dans plusieurs régions syriennes remet une nouvelle fois en lumière l’usage stratégique des ressources vitales dans le conflit syrien. Début janvier, l’arrêt du pompage à la station de traitement d’eau d’El Babiri, située à l’est d’Alep, a privé plus de deux millions de personnes d’un accès normal à l’eau, affectant aussi bien la ville d’Alep que ses zones rurales environnantes.


Cette station, installée sur les rives de l’Euphrate entre Kafse et Maskana, constitue l’une des principales sources d’approvisionnement en eau de la région. Selon les autorités syriennes, sa mise hors service a entraîné de lourdes conséquences sur la vie quotidienne des populations, déjà fragilisées par des années de guerre et par la dégradation des services de base.

Dans cette zone, le contrôle des ressources hydriques et énergétiques représente un enjeu majeur. Les forces YPG/FDS exercent une influence sur une vaste partie de l’est syrien, notamment sur plusieurs barrages stratégiques, dont ceux de Tishrine, Tabqa et Baas. Cette domination leur confère un pouvoir considérable sur la production d’électricité et la distribution de l’eau.

Des observateurs estiment que l’interruption du pompage à El Babiri s’inscrit dans une logique de pression politique visant le gouvernement syrien. L’objectif serait de peser sur les rapports de force, notamment après les récents développements militaires dans la ville d’Alep, où certains quartiers stratégiques ont échappé au contrôle de l’organisation.

Face à l’ampleur des réactions et à la gravité de la situation humanitaire, la station a finalement été remise en service. Le directeur général des services des eaux d’Alep a rappelé que près de 80 % des besoins en eau du centre-ville dépendaient directement de cette infrastructure, soulignant l’urgence de réhabiliter et de sécuriser durablement les installations hydrauliques.

Pour plusieurs experts, l’utilisation de l’eau comme instrument de pression constitue une atteinte grave aux principes du droit international humanitaire. Ils dénoncent une forme de « punition collective » infligée aux civils, les premiers touchés par ces décisions.

Dans un contexte de négociations politiques fragiles et de recomposition des équilibres sur le terrain, le contrôle des ressources naturelles apparaît plus que jamais comme un levier stratégique. La question de l’eau, vitale pour des millions de Syriens, reste ainsi au cœur d’une lutte de pouvoir dont les conséquences humanitaires demeurent préoccupantes.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *