Togo : le roi des Ewé, Togbui Agboli Agokoli IV, s’éteint à 86 ans

Togo : le roi des Ewé, Togbui Agboli Agokoli IV, s’éteint à 86 ans

Aucune communication officielle des autorités administratives ou coutumières n’avait, en fin de journée, confirmé les circonstances du décès, ni précisé le calendrier des obsèques ou les modalités de la succession. Dans plusieurs chefferies traditionnelles ouest-africaines, le tam-tam parlant  instrument codifié permettant de relayer des messages de village en village  demeure encore utilisé pour annoncer les nouvelles d’importance protocolaire.

Le défunt portait le titre d’Ewéfiaga, qui désigne le chef suprême du peuple ewé, et résidait à Notsé, dans la préfecture de Haho, considérée comme le berceau historique de cette communauté. Le nom dynastique « Agokoli » renvoie à une figure ancienne, le roi Agokoli Ier, dont le règne est associé, dans la tradition orale, à la dispersion des Ewé vers leurs territoires actuels au Togo, au Ghana et au Bénin.

Selon ces récits, les Ewé auraient quitté Notsé entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle, en perçant le mur d’enceinte du palais pour échapper à la tyrannie d’Agokoli. Cet épisode, transmis de génération en génération, reste un élément structurant de l’identité ewé et se retrouve dans les célébrations annuelles d’Agbogbozã, qui rassemblent les communautés ewé autour de Notsé.

Restauré dans sa forme moderne au XXe siècle, le titre d’Ewéfiaga s’inscrit dans cette continuité symbolique. Togbui Agboli Agokoli IV avait été intronisé dans la lignée des détenteurs de ce titre. Il assumait une fonction essentiellement culturelle et coutumière, la chefferie traditionnelle togolaise étant reconnue par l’État comme un relais social, sans pouvoir politique formel.

Le peuple ewé constitue l’une des principales composantes socioculturelles du Togo et du sud-est du Ghana, avec une présence également observée dans le sud-ouest du Bénin. Fort de plusieurs millions de membres, il conserve une forte unité linguistique et culturelle, malgré les frontières héritées de la colonisation.

Funérailles et succession attendues

Les funérailles d’un Ewéfiaga suivent un protocole coutumier rigoureux, pouvant s’étendre sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. La désignation du successeur, issue des lignées dynastiques, obéit à des règles strictes et implique la validation par le collège des notables de Notsé.

La disparition de Togbui Agboli Agokoli IV survient dans un contexte politique togolais marqué par la transition vers un régime parlementaire, à la suite de la révision constitutionnelle de 2024, alors que la chefferie traditionnelle continue de jouer un rôle clé dans la médiation sociale et la cohésion communautaire.

N-D


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