En juillet dernier, une affaire a secoué la famille Bohuis, dans le quartier Petit-Toit-Rouge, à Yopougon. Face à ce qu'elle a qualifié d'« humiliation familiale », la famille a rejeté Alexis Bohuis, qui s'est retrouvé à la rue après avoir reçu à plusieurs reprises des menaces de mort, à la suite de la révélation de son orientation sexuelle.
« Donc Alexis était vraiment homosexuel ? » Cette phrase était sur toutes les lèvres dans le quartier. Lorsque sa famille l'a appris, la situation a vite dégénéré. Le rejet familial a été immédiat : le jeune homme ne fait désormais plus partie de la famille.
Face à ce rejet, aux violences présumées et aux menaces de mort, une seule issue s'offrait à lui : quitter la Côte d'Ivoire. Mais où aller, et comment ?
Voyant la situation s'aggraver, B. M., un cousin d'Alexis, a décidé de l'aider . « Ce que j'apprends n'est pas bon du tout pour sa vie. L'idéal serait de l'aider à sortir du pays pour préserver sa vie », confie-t-il.
Mais combien de temps devra-t-il rester caché ? « au cas, on réussit à le sortir du pays, Je ne le conseillerai pas de revenir au pays. Si jamais il était tenté de le faire, je le lui déconseille fortement. Vu l'allure des événements, s'il s'entête, sa tête sera mise à prix », prévient le cousin.
Selon les éléments recueillis, Alexis Bohuis entretenait une relation amoureuse avec un jeune homme dont le père serait membre des forces de l'ordre. La découverte de cette relation par la famille du compagnon aurait provoqué de nouvelles tensions et des recherches visant Alexis. « Il se raconte qu'Alexis entretient une relation avec un jeune dont le père est dans l'armée. Chaque soir, on voit un monsieur tourner dans le quartier dans l'espoir de croiser celui qu'il accuse avoir entraîné son fils dans l'homosexualité », rapporte un habitant. Furieux, ce père aurait menacé Alexis de mort. Ce dernier aurait toutefois été prévenu à temps par son compagnon.
À l'heure où nous mettons sous presse, la menace de mort plane toujours. Dans le quartier, beaucoup, choqués par cette révélation, seraient loin de lui pardonner.
Un proche, rencontré dans le cadre de cette enquête, affirme par ailleurs qu'Alexis aurait été pris à partie par des jeunes du quartier. D'après ce témoin, il aurait subi des violences physiques et des menaces de mort.
Certains jeunes lui auraient également ordonné de quitter le quartier, estimant que sa présence pouvait avoir une mauvaise influence sur l'éducation des enfants. L'intervention de personnes de bonne volonté a permis d'éviter une issue plus grave. « C'est comme ça qu'il a quitté le quartier, et je n'ai plus eu de ses nouvelles », confie-t-il.
Ces témoignages illustrent la gravité des faits rapportés par l'entourage du jeune homme. Son compagnon aurait joué un rôle déterminant dans sa mise à l'abri.
Un autre proche, identifié par les initiales S. S. afin de préserver son anonymat, affirme que la situation demeure préoccupante : « Je ne comprends pas pourquoi c'est Alexis qui est devenu un problème. Ici même, des personnes riches font la même chose, et cela ne dérange personne. Comme c'est lui, il y a un problème. En tout cas, là où il est, il n'a qu'à y rester, car l'affaire n'est pas encore terminée. » Cette déclaration traduit la crainte de nouvelles représailles en cas de retour du jeune homme en Côte d'Ivoire.
Pour les personnes interrogées, son retour pourrait raviver les tensions et l'exposer à de nouveaux risques. « Je ne sais pas où il est actuellement. Mais si jamais il sortait du pays qu'il ne viennent pas. Car sa sécurité ne sera pas garantie, je vous l'assure. Je connais plusieurs personnes dans le même cas que lui qui ont perdu la vie dans cette affaire », avertit un témoin.
La situation d'Alexis Bohuis soulève la question de la protection des personnes exposées à des violences ou à des menaces en raison de leur orientation sexuelle. En Côte d'Ivoire, l'homosexualité entre adultes consentants n'est pas explicitement incriminée par la loi. Mais l'absence de pénalisation ne met pas pour autant les personnes concernées à l'abri de la stigmatisation, du rejet ou des violences.
Son histoire invite donc à s'interroger sur les moyens de prévenir les violences motivées par l'orientation sexuelle, de protéger les personnes menacées et de favoriser une coexistence fondée sur le respect de la dignité humaine.
Au-delà des controverses et des jugements sociaux, une question demeure : comment garantir la sécurité de toute personne confrontée à des menaces, quelle que soit son orientation sexuelle ?
D.M