Tunisie : mobilisation citoyenne à Tunis contre le racisme et la répression
Une marche initiée par la société civile s’est tenue à Tunis pour dénoncer le racisme et réclamer une meilleure protection des migrant·es, en particulier ceux originaires d’Afrique subsaharienne. Organisée par le Forum des droits économiques et sociaux, la mobilisation a rassemblé environ une centaine de participants.
Malgré une participation jugée modeste, les organisateurs ont voulu attirer l’attention sur une situation qu’ils estiment préoccupante. Pour plusieurs observateurs, cette faible affluence s’explique par un climat politique tendu, peu propice à l’expression publique et à l’engagement citoyen.
Le psychologue et spécialiste des migrations, Wael Garnaoui, évoque une dégradation des rapports sociaux liée, selon lui, à un discours institutionnel hostile. Il estime que cette dynamique a contribué à renforcer la méfiance à l’égard des migrant·es.
Parmi les manifestants, Rania, 30 ans, dit avoir participé à la marche pour exprimer sa solidarité envers les défenseurs des droits humains actuellement détenus. Elle affirme également vouloir défendre son droit à s’exprimer sur ces questions, malgré un contexte marqué par la répression. Pour elle, la lutte pour la dignité et la protection des migrant·es demeure essentielle.
Des figures militantes dans le viseur de la justice
Le mouvement intervient dans un contexte judiciaire tendu pour plusieurs acteurs de la société civile. La militante antiraciste Saadia Mosbah a été condamnée en mars 2026 à huit ans de prison, assortis d’une amende de 100 000 dinars, une décision contestée par ses avocats.
Par ailleurs, Abdallah Saïd, dirigeant de l’association Les enfants de la Lune, est en détention depuis 2024. Il fait face à des accusations de blanchiment d’argent et de complot contre la sûreté de l’État. Son procès est attendu le 21 avril 2026.
Un climat marqué par la stigmatisation et la désinformation
Les défenseurs des droits des migrant·es dénoncent une accumulation de facteurs aggravants : des discours politiques jugés hostiles, des poursuites judiciaires visant des militants et une diffusion croissante de messages haineux sur les réseaux sociaux.
Ils pointent notamment certaines déclarations du président Kaïs Saïed en février 2023 à l’encontre des ressortissants subsahariens, considérées comme ayant contribué à renforcer les tensions.
Dans ce contexte, les ONG alertent sur une banalisation des propos discriminatoires, susceptible de fragiliser la cohésion sociale. La marche de Tunis apparaît ainsi comme une tentative de maintenir un espace d’expression citoyenne, malgré un environnement politique jugé contraignant et une atmosphère de plus en plus marquée par la peur.
