L’Afrique du Sud est confrontée à une nouvelle flambée de tensions liées à l’immigration. En ce mois de juin 2026, plusieurs incidents visant des ressortissants africains étrangers ont été signalés dans un contexte marqué par un chômage élevé, de profondes inégalités sociales et un climat politique sensible. Cette situation remet au premier plan un phénomène récurrent qui secoue régulièrement le pays depuis près de vingt ans.
Alors que certains mouvements nationalistes accusent les migrants d’être responsables des difficultés économiques et sociales du pays, de nombreuses voix mettent en garde contre la montée de discours hostiles aux étrangers et leur instrumentalisation à des fins politiques. Les récents événements ont suscité des réactions au sein de plusieurs États africains ainsi que d’organisations régionales et internationales.
Un phénomène qui se répète depuis 2008
Les violences xénophobes ne sont pas nouvelles en Afrique du Sud. En 2008, le pays avait été secoué par une vague d’attaques particulièrement meurtrières contre des ressortissants étrangers, faisant plus de cinquante morts et des dizaines de milliers de déplacés. Les scènes de violence avaient profondément choqué l’opinion publique internationale.
Depuis lors, plusieurs épisodes similaires ont été enregistrés. En 2015, de nouvelles violences avaient éclaté à Durban avant de s’étendre à d’autres régions du pays. D’autres incidents ont également été signalés en 2019 et en 2021, touchant notamment des commerçants et des travailleurs originaires de plusieurs pays africains.
La plupart de ces violences surviennent dans les zones urbaines populaires, où les tensions sociales sont particulièrement fortes.
Le poids des difficultés économiques
Pour de nombreux observateurs, ces violences trouvent en partie leur origine dans un contexte économique difficile. Avec un taux de chômage estimé à plus de 30 %, une grande partie de la population sud-africaine fait face à des conditions de vie précaires.
Dans certains quartiers, les migrants sont accusés de concurrencer les travailleurs locaux ou de peser sur les services publics. Plusieurs experts rappellent toutefois que ces perceptions sont souvent alimentées par des frustrations sociales profondes et ne reposent pas nécessairement sur des données objectives.
Les inégalités persistantes, la pauvreté et le manque d’opportunités économiques continuent d’alimenter un climat de mécontentement propice à l’émergence de discours anti-immigration.
La question migratoire au cœur du débat politique
À l’approche des élections municipales prévues en novembre 2026, la question migratoire occupe une place croissante dans le débat public sud-africain. Plusieurs formations politiques et mouvements citoyens ont fait de la lutte contre l’immigration irrégulière l’un de leurs principaux thèmes de mobilisation.
Parmi les organisations les plus visibles figure l’opération Dudula, créée en 2021 à Soweto, qui affirme lutter contre la criminalité et défendre les intérêts des citoyens sud-africains. D’autres mouvements, comme March and March, réclament également un renforcement des mesures contre l’immigration clandestine.
Leurs détracteurs les accusent cependant d’entretenir un climat de rejet à l’égard des étrangers et de contribuer à attiser les tensions au sein de la société.
Malgré les discours évoquant une présence étrangère massive, les estimations indiquent que l’Afrique du Sud accueille entre trois et quatre millions de migrants pour une population totale d’environ 63 millions d’habitants.
La majorité de ces migrants provient des pays d’Afrique australe, même si les flux en provenance d’Afrique de l’Ouest et de la Corne de l’Afrique ont augmenté ces dernières années. Beaucoup exercent dans le secteur informel, tandis que d’autres occupent des postes qualifiés dans des domaines où l’économie sud-africaine connaît des besoins importants.
Une inquiétude partagée au niveau international
Face à la recrudescence des violences, plusieurs organisations internationales ont exprimé leur préoccupation. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que les Nations Unies ont appelé les autorités sud-africaines à garantir la protection des personnes visées et à lutter contre toute forme de discrimination.
Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, continue pour sa part de rejeter les accusations de xénophobie visant son pays. Il affirme que les principes de tolérance et de coexistence demeurent au cœur des valeurs de la nation sud-africaine.
Des départs et rapatriements en hausse
Les violences enregistrées ces dernières semaines ont conduit plusieurs ressortissants étrangers à quitter les zones touchées. Des opérations de rapatriement volontaire ont notamment concerné des citoyens du Nigeria, du Ghana, du Zimbabwe, du Mozambique et du Malawi.
Parallèlement, les autorités ont renforcé leurs actions contre l’immigration irrégulière, annonçant le rapatriement de plusieurs milliers d’étrangers au cours des dernières semaines.
Alors qu’un ultimatum fixé au 30 juin par certains mouvements anti-immigration fait craindre de nouvelles mobilisations, l’Afrique du Sud se retrouve confrontée à un défi majeur : préserver la cohésion sociale tout en répondant aux préoccupations économiques qui alimentent les tensions autour de la question migratoire.
POUZE PATRICK