| L’Afrique occupe une place majeure dans la production mondiale de cacao, de gomme arabique, de noix de cajou et d’autres produits issus des arbres. Pourtant, elle capte moins de 10 % de la valeur du marché mondial pour la plupart des produits étudiés, selon un rapport de Landscape Alliance, qui appelle à accélérer la transformation locale. |
Produire beaucoup, mais retenir encore trop peu de valeur. C’est le paradoxe mis en évidence par le rapport Tree-powered bioeconomies in Africa, annoncé le 7 août 2026 à Nairobi par Landscape Alliance. Alors que l’Afrique fournit une part considérable de plusieurs produits arboricoles consommés dans le monde, la faiblesse de la transformation locale limite les revenus que le continent tire de ces filières.
70 % du cacao mondial, jusqu’à 90 % de la gomme arabique
Le rapport se concentre notamment sur six produits pour lesquels l’Afrique occupe une position importante : le cacao, le karité, l’anacarde, la gomme arabique, le baobab et l’huile d’argan.
Selon Landscape Alliance, le continent fournit environ 70 % des fèves de cacao produites dans le monde, jusqu’à 90 % de la gomme arabique et plus de la moitié des noix de cajou.
Ces cultures et autres produits arboricoles occupent plus de 100 millions d’hectares sur le continent.
Malgré ce poids dans la production, l’Afrique capterait moins de 10 % de la valeur du marché mondial pour la plupart des produits arboricoles étudiés. Ce chiffre ne concerne donc pas l’ensemble de l’économie forestière ou des ressources naturelles africaines.
La transformation locale, principal défi
Pour Landscape Alliance, cet écart s’explique notamment par la faible transformation industrielle des matières premières sur le continent.
Une part importante de la production est exportée avant les étapes permettant de générer davantage de valeur, comme le raffinage, le conditionnement ou encore la fabrication de produits alimentaires, cosmétiques et pharmaceutiques.
Le développement d’industries locales de transformation permettrait ainsi aux économies africaines de conserver une part plus importante des revenus générés par leurs productions.
Lors d’un forum organisé à Nairobi le 23 juin, des responsables publics, chercheurs et investisseurs avaient déjà appelé à renforcer les investissements dans les infrastructures de transformation, la recherche appliquée, le financement des entreprises et l’accès aux marchés.
Jusqu’à 44 % de certains fruits perdus
La création de valeur passe également par une réduction des pertes après récolte.
Selon le rapport, jusqu’à 44 % des fruits périssables issus des arbres, notamment les mangues, les avocats et les agrumes, seraient perdus chaque année dans de nombreux pays africains.
Landscape Alliance souligne donc la nécessité d’améliorer les chaînes d’approvisionnement, la qualité, la traçabilité et la participation des producteurs aux revenus générés.
La ZLECAf présentée comme une opportunité
La progression de la demande intérieure africaine et le développement des échanges dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourraient également offrir de nouveaux débouchés aux produits transformés sur le continent.
Le rapport estime cependant que cette évolution devra s’accompagner d’investissements et de politiques industrielles capables de favoriser une transformation locale à plus forte valeur ajoutée.
Développer les filières sans accélérer la déforestation
Landscape Alliance insiste également sur la nécessité de concilier développement économique et gestion durable des terres.
L’expansion des cultures arboricoles peut soutenir les revenus des populations rurales, mais elle peut aussi contribuer à la déforestation et à l’érosion de la biodiversité lorsqu’elle n’est pas suffisamment encadrée.
Selon le rapport, seuls l’Afrique du Sud, la Namibie et l’Éthiopie disposent actuellement de politiques nationales globales de bioéconomie. Une stratégie régionale existe également en Afrique de l’Est, tandis que treize autres pays disposent de politiques indirectement liées au secteur.
Pour l’Afrique, l’enjeu ne consiste donc plus seulement à produire davantage de cacao, de karité, d’anacarde ou de gomme arabique. Il s’agit surtout de transformer davantage ces ressources sur place afin de créer plus de valeur, d’emplois et de revenus, tout en préservant les écosystèmes dont dépendent ces filières.
KR