La Fondation allemande pour la science et la politique (SWP), un centre de recherche influent qui conseille les institutions allemandes sur les questions internationales et sécuritaires, appelle l’Allemagne et l’Union européenne à adopter une position plus ferme à l’égard des Émirats arabes unis (EAU). Dans une récente analyse, l’institution accuse Abu Dhabi de jouer un rôle déstabilisateur dans plusieurs conflits africains.
Selon la SWP, les Émirats arabes unis figurent aujourd’hui parmi les acteurs extérieurs les plus actifs dans les crises qui secouent notamment le Soudan, la Libye, l’Éthiopie et la Somalie. Le rapport estime que leur implication contribue à prolonger les conflits, à aggraver les crises humanitaires et à fragiliser les efforts de stabilisation menés à l’échelle régionale et internationale.
L’analyse recommande à l’Allemagne et à l’Union européenne d’envisager une série de mesures visant à accroître la pression sur Abu Dhabi. Parmi celles-ci figurent un durcissement du contrôle des exportations d’armes, un renforcement des mécanismes de lutte contre le blanchiment d’argent ainsi qu’une réévaluation du partenariat stratégique entretenu avec les Émirats arabes unis.
Pour les auteurs du rapport, ces initiatives pourraient encourager un changement de cap de la politique émiratie dans un contexte marqué par une montée des critiques dans plusieurs pays de la région, des tensions avec l’Arabie saoudite et certaines vulnérabilités économiques et sécuritaires révélées par les récentes tensions avec l’Iran.
Des répercussions sur les intérêts européens
La SWP souligne que les conséquences de cet interventionnisme dépassent largement le continent africain et affectent directement les intérêts européens. Le rapport cite notamment le cas de la Libye, où les ingérences étrangères auraient contribué à prolonger la guerre civile et à favoriser l’implantation durable d’acteurs militaires extérieurs.
Selon l’analyse, cette situation a eu des répercussions importantes sur la stabilité régionale, les flux migratoires et le fonctionnement des mécanismes multilatéraux de résolution des crises.
La fondation estime également que les Émirats arabes unis ne peuvent actuellement être considérés comme un partenaire pleinement fiable dans les initiatives européennes de prévention des conflits. Elle les décrit comme un acteur qui contribue à renforcer les économies de guerre, à accentuer la fragmentation des États et à compliquer les efforts diplomatiques sur le continent.
Des critiques malgré des partenariats solides
Le rapport accuse par ailleurs Abu Dhabi de privilégier des alliances sécuritaires et des interventions unilatérales au détriment des processus de médiation politique. Son soutien financier et militaire à certains dirigeants et groupes armés aurait, selon la SWP, accru les risques d’instabilité dans plusieurs régions, notamment dans la Corne de l’Afrique.
Malgré ces critiques, l’analyse relève qu’aucune mesure coercitive significative n’a jusqu’ici été adoptée par l’Allemagne ou l’Union européenne à l’encontre des Émirats arabes unis. Les intérêts économiques, technologiques et géopolitiques continuent de peser fortement dans les relations entre les deux parties.
Les enjeux liés à la sécurité régionale, à l’Iran, à Israël, à l’intelligence artificielle ainsi qu’à la concurrence stratégique avec la Chine et la Russie expliquent en grande partie la prudence observée jusqu’à présent par les capitales européennes.
Cette prise de position de la SWP relance ainsi le débat sur le rôle des puissances étrangères dans les conflits africains et sur la cohérence des politiques européennes en matière de paix, de sécurité et de stabilité sur le continent.