| Le capitaine Ibrahim Traoré boucle quatre années à la tête du Burkina Faso ce mercredi 30 septembre 2026, soit une durée comparable à celle du règne de Thomas Sankara. Entre souveraineté, production locale et lutte contre les groupes jihadistes, les deux dirigeants partagent certaines références, mais évoluent dans des contextes profondément différents. |
Le parallèle est régulièrement mis en avant par Ibrahim Traoré lui-même. Depuis son arrivée au pouvoir à la faveur d’un coup d’État en septembre 2022, le capitaine burkinabè multiplie les références à Thomas Sankara, qu’il présente comme un « héros de la nation » et sa « boussole ». Il affirme également vouloir maintenir « la flamme de la renaissance du Burkina ».
Les deux hommes ont plusieurs points communs. Tous deux sont arrivés au pouvoir jeunes, en tant que capitaines de l’armée, et ont placé la souveraineté nationale, le panafricanisme et l’autonomie économique au cœur de leur discours. Mais leurs expériences politiques se déroulent dans des environnements très différents.
Deux projets révolutionnaires dans des contextes différents
Thomas Sankara prend le pouvoir en août 1983, à l’âge de 33 ans. Il lance alors une « révolution démocratique et populaire » inspirée notamment par l’anti-impérialisme, l’autosuffisance et la souveraineté nationale.
Son gouvernement met en œuvre plusieurs réformes dans les domaines de l’éducation, de la santé, des infrastructures rurales et des droits des femmes. Il encourage également la consommation de produits locaux et cherche à réduire les dépenses de l’État.
Cette expérience est brutalement interrompue en octobre 1987, lorsque Sankara est assassiné lors d’un coup d’État.
Près de quatre décennies plus tard, Ibrahim Traoré affirme vouloir poursuivre cette ambition de transformation nationale. Son gouvernement met notamment l’accent sur la maîtrise des ressources minières, le développement de la production locale et le renforcement de certaines filières industrielles.
Le programme Faso Mebo, consacré notamment aux infrastructures et à l’aménagement urbain, s’inscrit également dans cette volonté de privilégier les ressources et les capacités nationales.
L’économie au cœur du projet de Traoré
La politique économique occupe une place importante dans la communication du pouvoir burkinabè. La nationalisation de certaines activités minières, la promotion de la transformation locale et la volonté de renforcer la production nationale font partie des mesures mises en avant par les autorités.
Le gouvernement cherche également à remettre en avant certains symboles de la production burkinabè, notamment le Faso Dan Fani, tissu traditionnel fabriqué à partir de coton local.
Cependant, les résultats des différentes initiatives économiques ne sont pas tous immédiatement mesurables. Plusieurs projets sont encore en cours de développement et nécessitent du temps avant de permettre une évaluation complète de leurs effets.
La sécurité, principale différence entre les deux périodes
La question sécuritaire constitue l’une des différences majeures entre les deux régimes.
Le Burkina Faso dirigé par Ibrahim Traoré fait face depuis plusieurs années à une insurrection jihadiste qui affecte particulièrement plusieurs régions du pays. Certaines localités sont confrontées à des difficultés d’accès et à des situations de blocus. Cette situation place la défense et la sécurité au centre de l’action du pouvoir.
C’est dans ce contexte que le gouvernement a renforcé la mobilisation militaire et civile. Le pouvoir affirme également chercher à accroître les capacités nationales de production et d’équipement des forces engagées sur le terrain.
À l’époque de Sankara, le désenclavement du pays et le développement des infrastructures figuraient davantage parmi les priorités affichées du gouvernement. Le contexte sécuritaire actuel impose donc à Traoré des contraintes différentes.
Un rapport différent à la démocratie
Les deux régimes ont également été marqués par une forte concentration du pouvoir et par une conception conflictuelle de la révolution. Toutefois, le discours politique de leurs dirigeants présente une différence notable.
Sankara qualifiait son projet de « révolution démocratique et populaire ». Sous Traoré, le pouvoir assume désormais une position beaucoup plus critique à l’égard du modèle démocratique multipartite. En avril 2026, le dirigeant burkinabè avait notamment déclaré que les populations devaient « oublier » la question de la démocratie et que celle-ci « n’était pas pour » le Burkina Faso.
En janvier 2026, les autorités ont par ailleurs dissous les partis politiques. Des organisations de défense des droits humains et d’autres observateurs ont également fait état de restrictions visant des journalistes, des magistrats et des acteurs de la société civile.
Le régime de Sankara avait lui aussi recours à des mesures coercitives et à la répression contre certains adversaires de la révolution. Les deux périodes ne se distinguent donc pas par l’absence de contraintes politiques, mais par leurs formes, leurs justifications et leurs contextes.
Une même volonté de souveraineté
Sur le plan diplomatique, Ibrahim Traoré revendique également une continuité avec l’approche souverainiste de Thomas Sankara.
Sankara défendait le non-alignement, l’autonomie politique et économique des États africains ainsi qu’une critique du néocolonialisme. Traoré reprend aujourd’hui une partie de cette rhétorique et cherche à réduire la dépendance du Burkina Faso à l’égard des puissances occidentales.
Cette orientation s’est notamment traduite par la rupture avec la France, le rapprochement avec la Russie et le renforcement de la coopération avec le Mali et le Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel.
Ainsi, quatre ans après son arrivée au pouvoir, Ibrahim Traoré revendique clairement l’héritage de Thomas Sankara. Les deux hommes partagent une référence à la souveraineté, au panafricanisme et à l’autonomie économique. Mais leurs parcours restent marqués par des réalités différentes : Sankara dirigeait un Burkina Faso confronté à d’autres contraintes, tandis que Traoré exerce le pouvoir dans un pays profondément marqué par l’insécurité et la militarisation de la vie publique.
La comparaison entre les deux capitaines repose donc autant sur les références revendiquées par Traoré que sur les différences entre leurs époques et leurs méthodes de gouvernement.
TALLEB DE LA