Les autorités burkinabè ont exprimé leur mécontentement à l’égard de l’Union européenne à la suite des déclarations du député européen français Christophe Gomart sur la situation politique et sécuritaire du Burkina Faso.

 

L’ambassadeur de l’Union européenne à Ouagadougou a été reçu, le lundi 22 juin 2026, par le ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, qui a dénoncé des propos considérés comme inexacts et assimilés à une ingérence dans les affaires internes du pays.

 

Cette réaction fait suite à un débat organisé au Parlement européen autour de la situation des libertés fondamentales et de l’espace civique au Burkina Faso. Lors de cette séance tenue le 17 juin 2026, Christophe Gomart, député européen français et membre du Parti populaire européen (PPE), avait exprimé plusieurs préoccupations concernant l’évolution de la situation dans le pays.

 

Face au représentant de l’Union européenne, les autorités burkinabè ont rejeté les critiques formulées à leur encontre. Pour Ouagadougou, les déclarations du parlementaire européen reposeraient sur une appréciation erronée de la réalité nationale et ignoreraient les efforts consentis par le Burkina Faso dans la lutte contre l’insécurité, en collaboration avec le Mali et le Niger au sein de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES).

 

Ouagadougou dénonce une vision biaisée de la situation

Le chef de la diplomatie burkinabè a estimé que les propos tenus au Parlement européen ne reflètent pas les réalités vécues sur le terrain. Selon lui, les sacrifices consentis par les forces de défense et de sécurité ainsi que les initiatives engagées par les autorités de transition méritent d’être davantage pris en compte dans l’analyse de la situation du pays.

 

Pour le gouvernement burkinabè, cette prise de position s’inscrit dans un contexte plus large marqué par les tensions entre certaines puissances occidentales et les autorités de transition issues du changement de pouvoir intervenu le 30 septembre 2022 sous la conduite du capitaine Ibrahim Traoré.

 

Les autorités soulignent toutefois qu’elles demeurent ouvertes à la coopération internationale, à condition que celle-ci soit fondée sur le respect mutuel, la souveraineté des États et le principe de non-ingérence.

 

L’AES au cœur des enjeux géopolitiques

Au-delà du Burkina Faso, cette polémique intervient dans un contexte de relations parfois tendues entre les pays de l’Alliance des États du Sahel et plusieurs partenaires occidentaux. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger affirment poursuivre une politique axée sur la souveraineté et le renforcement de leur autonomie stratégique.

 

Réunis au sein de la Confédération AES, les trois États ont renforcé leur coopération dans les domaines politique, diplomatique et sécuritaire, avec l’ambition de construire un cadre de solidarité régionale capable de répondre aux défis communs auxquels ils sont confrontés.

Dans les cercles favorables à l’AES, les critiques formulées par certaines institutions occidentales sont souvent perçues comme l’expression d’un rapport de force géopolitique dans une région où les équilibres traditionnels connaissent de profondes mutations.

 

La sécurité demeure la priorité des États sahéliens

Les autorités du Burkina Faso, du Mali et du Niger continuent de faire face à une menace sécuritaire persistante liée aux activités de groupes armés dans plusieurs zones frontalières. Cette situation renforce leur volonté de développer des mécanismes de coopération militaire plus intégrés.

 

Les récentes attaques enregistrées dans certains pays membres de l’AES ont conforté l’idée d’une réponse collective face à une menace commune. Dans cette dynamique, la Force unifiée de l’AES est appelée à jouer un rôle central dans la mutualisation du renseignement, des moyens logistiques et des capacités de défense.

 

Cette nouvelle tension diplomatique entre Ouagadougou et l’Union européenne illustre les profondes recompositions géopolitiques à l’œuvre au Sahel. Alors que les pays de l’AES revendiquent une plus grande souveraineté dans la gestion de leurs affaires internes, la question de leurs relations avec les partenaires occidentaux continue de s’imposer comme un enjeu majeur pour l’avenir de la région.

 

SY