Face à la volatilité persistante du marché mondial du cacao, la Côte d’Ivoire et le Ghana accélèrent leur stratégie de coopération régionale. Les deux principaux producteurs mondiaux souhaitent désormais associer le Nigeria et le Cameroun à une alliance destinée à renforcer le pouvoir de négociation de l’Afrique et à mieux protéger les revenus des planteurs.

 

Le cacao africain s’impose de nouveau comme un enjeu majeur de souveraineté économique. Un sommet consacré à la création de valeur dans la filière est prévu ce mardi 14 juillet à Abuja, au Nigeria, avec la participation attendue de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Cameroun et du Nigeria. Au cœur des discussions figure la volonté de bâtir une coopération renforcée entre les principaux producteurs du continent afin de faire face aux fluctuations des marchés internationaux.

 

 

Une coopération régionale qui se consolide

Abidjan et Accra ont déjà franchi une nouvelle étape dans cette dynamique. À la mi-juin, les deux pays ont annoncé leur intention d’harmoniser leur calendrier de commercialisation et d’intensifier les concertations entre leurs structures de régulation avant la fixation des prix destinés aux producteurs. Ils ont également décidé de lancer simultanément la campagne cacaoyère 2026-2027, le 1er septembre prochain.

 

Cette collaboration s'inscrit dans la continuité de l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana, mise en place il y a plusieurs années pour renforcer le poids des deux États sur le marché international. Ensemble, ils représentent une part prépondérante de l’offre mondiale de cacao. L’intégration du Nigeria et du Cameroun donnerait toutefois une nouvelle dimension à cette alliance africaine.

 

 

Des revenus fragilisés par les fluctuations du marché

Cette volonté d'unir les principaux producteurs intervient dans un contexte marqué par une forte instabilité des prix. Après les niveaux records enregistrés en 2024, les cours mondiaux du cacao ont sensiblement reculé en 2025 et en 2026, affectant directement les revenus des producteurs.

 

Au Ghana, cette baisse a conduit les autorités à ajuster le prix garanti aux planteurs. Le COCOBOD maintient désormais un prix de 41 392 cedis par tonne pour la petite campagne 2025-2026, soit 2 587 cedis pour un sac de 64 kilogrammes.

 

Pour les pays producteurs, le défi consiste à préserver le pouvoir d'achat des cultivateurs tout en maintenant des prix cohérents avec les réalités du marché international. Dans cette perspective, le Ghana a également engagé une réforme du financement de son secteur cacaoyer et ambitionne de transformer localement au moins 50 % de sa production à partir de la campagne 2026-2027.

 

 

Renforcer la place de l’Afrique dans la chaîne de valeur

Au-delà de la question des prix, les principaux producteurs africains souhaitent accroître leur influence sur l'ensemble de la chaîne de valeur du cacao. Bien que le continent fournisse l'essentiel de la production mondiale, il continue de capter une faible part des revenus issus de la transformation du cacao en chocolat et autres produits dérivés.

 

Une alliance élargie entre la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun pourrait ainsi peser davantage dans les négociations relatives aux prix, au développement de la transformation locale, à la traçabilité ainsi qu'aux nouvelles exigences environnementales imposées par les marchés internationaux.

 

Si les conclusions du sommet d'Abuja restent encore attendues, l'initiative engagée par Abidjan et Accra traduit une volonté de plus en plus affirmée des grands producteurs africains de reprendre une part plus importante dans la gouvernance du marché mondial du cacao et de ne plus laisser aux seuls acheteurs et industriels le soin d'en fixer les règles.

 

KR