| Une attaque menée par des groupes armés contre la localité d’Am-Dafock, dans le nord-est de la République centrafricaine, a fait au moins 28 morts, selon des sources locales. Si le gouvernement assure avoir repris le contrôle de la ville, des témoignages font état d’incursions rebelles persistantes depuis la frontière soudanaise, dans une zone où la MINUSCA a également été visée. |
Une coalition de groupes armés affiliés au Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) de Noureddine Adam et au Mouvement démocratique pour le rassemblement du peuple centrafricain (MDRPC) d’Arda Hakouma a attaqué, le 30 juin 2026 aux environs de 4 h 35, la localité d’Am-Dafock, dans la préfecture de la Vakaga, au nord-est de la République centrafricaine. L'information a été confirmée par la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (MINUSCA).
Les assaillants ont également pris pour cible la base temporaire d’opérations de la mission onusienne. Trois Casques bleus zambiens ont été blessés, dont un grièvement, alors qu’ils menaient une patrouille destinée à protéger les populations civiles.
Selon des sources locales citées par Radio Ndeke Luka, l’attaque a fait au moins 28 morts et 25 blessés. Les victimes les plus gravement touchées ont été évacuées vers les hôpitaux de Birao et de Bria. Ce bilan n’a toutefois pas été confirmé officiellement par les Forces armées centrafricaines (FACA) ni par la MINUSCA.
Face aux violences, des centaines d’habitants ont trouvé refuge dans la base des Nations unies, abandonnant leurs habitations. Située à une soixantaine de kilomètres de Birao, Am-Dafock est un point stratégique à la frontière avec le Soudan.
Le sous-préfet d’Am-Dafock, Ramadan Abdelkader, a déclaré à l’AFP que les assaillants comprenaient des éléments des Forces de soutien rapide (FSR) soudanaises, aux côtés de combattants issus de l’ex-coalition Séléka. Dans son communiqué, la MINUSCA évoque pour sa part la présence « d’éléments armés non identifiés », sans confirmer l’implication des FSR.
Des versions divergentes sur la situation sécuritaire
Le porte-parole du gouvernement centrafricain, Evariste Ngamana, a affirmé le 1er juillet que les assaillants avaient été repoussés et qu’Am-Dafock était de nouveau sous le contrôle des forces gouvernementales. Une position partagée par le gouverneur de la région du Fertit, Thierry Évariste Binguinendji, qui a toutefois reconnu que l’attaque avait fait des morts, des blessés et provoqué le déplacement de nombreux habitants.
Ces déclarations contrastent avec les témoignages recueillis par Radio Ndeke Luka. Selon plusieurs habitants, des combattants continuaient, trois jours après l’attaque, à franchir la frontière depuis le Soudan pour mener des incursions avant de se replier.
Un habitant réfugié dans la base de la MINUSCA affirme que le corps du commandant de brigade des FACA ainsi que ceux de plusieurs militaires se trouvaient toujours sur les lieux. Les communications entre Am-Dafock et Bangui demeuraient par ailleurs fortement perturbées au moment de la publication de ces informations.
Des témoignages font également état de pillages visant des bâtiments administratifs, des habitations et des structures sanitaires, compliquant davantage l’accès aux soins. Deux enfants figureraient parmi les victimes, selon des habitants réfugiés dans la base onusienne.
Touadéra condamne l’attaque
Dans une déclaration publiée le 2 juillet, le président Faustin-Archange Touadéra a qualifié cette attaque d’acte perpétré par des combattants étrangers et a réaffirmé la détermination de son gouvernement à rétablir la sécurité dans la région.
La représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies en Centrafrique, Valentine Rugwabiza, a rappelé que les attaques contre les Casques bleus sont susceptibles de constituer des crimes de guerre et a appelé les groupes armés à cesser immédiatement les hostilités.
L’Assemblée nationale, plusieurs organisations de la société civile ainsi que l’Union des forces démocratiques de l’opposition (UFDO) ont également condamné cette offensive. L’ancien Premier ministre Martin Ziguélé a dénoncé ce qu’il considère comme une défaillance du dispositif sécuritaire dans le nord-est du pays.
La MINUSCA a annoncé avoir mobilisé des moyens aériens afin d’évacuer les blessés et renforcer son dispositif militaire dans la zone.
Située à plus de 900 kilomètres de Bangui, la préfecture de la Vakaga demeure l’une des régions les plus enclavées et les plus instables de la République centrafricaine. Frontalière du Soudan, elle reste régulièrement le théâtre d’incursions de groupes armés, illustrant les défis persistants auxquels les autorités centrafricaines et leurs partenaires internationaux sont confrontés pour stabiliser durablement cette partie du pays.
POUZE PATRICK