Une nouvelle vague migratoire frappe l'enclave espagnole de Ceuta. Neuf migrants ont perdu la vie en tentant de rejoindre le territoire à la nage depuis le Maroc, tandis que plus de 1.500 personnes sont arrivées en quelques jours, poussant les autorités espagnoles à renforcer les contrôles aux frontières.

 

CEUTA. La pression migratoire s'intensifie à la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta. Neuf migrants sont morts en tentant de rejoindre le territoire espagnol à la nage, alors que plusieurs centaines d'autres continuaient, jeudi, de converger vers la frontière, alimentant le plus important afflux migratoire enregistré depuis 2021.

Des rumeurs à l'origine d'un afflux massif

 

Selon plusieurs témoignages, les arrivées ont été favorisées par des rumeurs faisant état d'une ouverture du poste-frontière de Ceuta. Sur le littoral marocain, à une quinzaine de kilomètres de Fnideq, des véhicules transportant de nombreux jeunes, dont des mineurs, se dirigeaient vers la frontière. D'autres poursuivaient leur route à pied en empruntant des chemins secondaires afin d'échapper aux contrôles de la gendarmerie.

 

« J'ai entendu dire que Ceuta avait ouvert à 22 heures », confie Fatima Zahra, 40 ans, qui travaillait à Tanger. Évoquant la précarité de ses conditions de vie, elle explique avoir décidé de tenter sa chance avec d'autres candidats au départ.

 

Abdelhakim, 32 ans, raconte pour sa part avoir parcouru 14 kilomètres à travers les montagnes avant d'atteindre le littoral. Emporté par les vagues au moment de la traversée, il affirme avoir vu mourir deux jeunes hommes sous ses yeux avant de renoncer à poursuivre. « Je me suis souvenu que j'avais moi aussi deux enfants et que je ne pouvais pas risquer ma vie », témoigne-t-il.

 

Des centres d'accueil saturés

 

Selon les autorités espagnoles, neuf corps de migrants ont été repêchés après des tentatives de traversée à la nage. Sur place, des journalistes ont observé des adultes et des enfants, parfois encore trempés, rejoindre l'enclave espagnole, tandis que des vêtements et des bouées abandonnés jonchaient le rivage.

 

Le président de Ceuta, Juan Vivas, a indiqué que plus de 1.500 migrants étaient arrivés dans l'enclave au cours des derniers jours, avec un rythme d'environ 200 arrivées quotidiennes. Il a alerté sur la saturation des centres d'accueil, désormais débordés par cet afflux.

Madrid renforce la surveillance de la frontière

 

Face à cette situation, le gouvernement espagnol a annoncé le déploiement de renforts militaires pour appuyer la Garde civile. Soixante-dix agents supplémentaires viendront s'ajouter aux 80 déjà mobilisés, tandis que des plongeurs et des navires des garde-côtes seront déployés afin de sécuriser la zone.

 

Madrid a également indiqué travailler en coordination avec Rabat pour organiser, « dès que possible », le transfert vers le Maroc des personnes entrées illégalement sur le territoire de Ceuta.

 

Des tensions politiques en Europe

Cette nouvelle crise migratoire a rapidement suscité des réactions sur la scène politique européenne. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, et le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, ont appelé à envisager une suspension de l'Espagne de l'espace Schengen, dénonçant une immigration qu'ils qualifient « d'irrégulière et incontrôlée ».

 

Le gouvernement espagnol a rejeté ces déclarations, les jugeant « inappropriées ». Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Luis Albares, a appelé les partenaires européens à faire preuve de « solidarité européenne » plutôt que de céder à « la démagogie partisane », alors que Ceuta fait face à l'une des plus fortes pressions migratoires de ces dernières années.