| Portés par des créateurs comme Loza Maléombho, Elie Kuame et Ibrahim Fernandez, les stylistes ivoiriens séduisent les marchés internationaux tout en misant sur le savoir-faire local et la transformation de la filière textile. |
Longtemps perçue comme un simple marché de consommation, la Côte d'Ivoire affirme progressivement son statut de terre de création dans l'univers de la mode africaine. À Abidjan, une nouvelle génération de stylistes fait rayonner le savoir-faire ivoirien bien au-delà des frontières, en associant artisanat traditionnel, matières locales et design contemporain.
À travers leurs collections, ces créateurs revendiquent un choix fort : développer leur activité en Côte d'Ivoire et contribuer à l'essor d'une véritable industrie de la mode locale.
Loza Maléombho, l'ambassadrice du « Made in Côte d'Ivoire »
La créatrice Loza Maléombho s'est imposée sur la scène internationale en 2020 lorsque la chanteuse américaine Beyoncé a porté l'une de ses vestes dans le clip Already. La pièce, inspirée des masques baoulé et confectionnée avec un tissu rayé noir et blanc, a été vue par des dizaines de millions de spectateurs sur YouTube.
Cette visibilité mondiale n'a pourtant pas conduit la styliste à délocaliser sa production. Installée à Abidjan, elle continue de promouvoir les matières premières locales, notamment le pagne baoulé, le pagne kita ou encore la toile de jute.
Ses créations ont également été portées par des célébrités internationales comme Solange Knowles et Kelly Rowland, confirmant l'intérêt croissant pour les talents africains.
Une industrie qui gagne en reconnaissance
Grâce à l'émergence de créateurs de renom, Abidjan rejoint progressivement des capitales africaines de la mode telles que Dakar, Lagos, Nairobi ou Johannesburg.
Selon les projections de l'UNESCO, la demande mondiale pour les créations de mode africaines devrait augmenter de 42 % au cours de la prochaine décennie, portée par l'essor des classes moyennes africaines et le développement du commerce en ligne.
Elie Kuame mise sur le patrimoine ivoirien
Autre figure emblématique de cette dynamique, Elie Kuame s'apprête à célébrer les vingt ans de sa maison de couture.
Présent régulièrement lors des Fashion Weeks de Paris et de New York, il reste fidèle à son ancrage ivoirien. Près de la moitié des tissus utilisés dans ses collections provient du pagne tissé, un savoir-faire traditionnel ivoirien inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.
Fondateur de la Fashion Week d'Abidjan, il préfère promouvoir le label « Born in Africa » plutôt que de revendiquer l'appellation juridiquement protégée de « haute couture ».
Ibrahim Fernandez, le savoir-faire ivoirien à l'international
Depuis Paris, Ibrahim Fernandez participe lui aussi au rayonnement de la création ivoirienne. Invité à présenter ses collections aux Galeries Lafayette lors d'un événement consacré à la mode africaine, il défend la richesse du patrimoine textile africain.
Pour le créateur, les techniques de tissage, les teintures traditionnelles, le raphia ou encore la toile de jute constituent un véritable levier d'influence culturelle pour le continent.
Il a récemment signé, aux côtés de la styliste LaFalaise Dion, une robe ornée de cauris, de perles et de pierres portée par Aya Nakamura lors de son concert au Stade de France devant plus de 70 000 spectateurs.
Malgré cette reconnaissance internationale, Ibrahim Fernandez affirme, lui aussi, sa volonté de poursuivre le développement de son activité depuis Abidjan.
Une filière en plein essor, mais encore confrontée à des défis
Si la mode ivoirienne gagne en visibilité sur la scène internationale, le secteur reste confronté à plusieurs défis. Le pays demeure largement dépendant des importations de vêtements neufs et de seconde main, limitant le développement d'une industrie textile intégrée.
Les créateurs espèrent ainsi renforcer la production locale afin de structurer toute la chaîne de valeur, de la transformation des matières premières à la confection des vêtements.
Commercialisées entre plusieurs centaines et plusieurs milliers d'euros, leurs créations ciblent une clientèle haut de gamme. Au-delà de leur dimension économique, elles participent à la valorisation du patrimoine culturel ivoirien, à la création d'emplois qualifiés et au rayonnement du « Made in Côte d'Ivoire » sur les podiums internationaux.
KR