Plus de 1 000 sites déguerpis, 4 665 personnes déférées, 745 pelleteuses saisies et plus de 15 milliards de FCFA mobilisés en cinq ans. Malgré ces moyens et ces opérations, l’orpaillage illégal persiste en Côte d’Ivoire. Face à ce constat, l’État change de stratégie et place désormais les préfets au cœur du dispositif, avec un objectif particulièrement ambitieux : œuvrer à l’éradication du phénomène en six mois.


La Côte d’Ivoire veut franchir une nouvelle étape dans sa lutte contre l’orpaillage illégal. Les vendredi 4 et samedi 5 septembre 2026, le Conseil national de sécurité (CNS), en collaboration avec le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité et le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, a organisé à Yamoussoukro un atelier national consacré à l’harmonisation et au renforcement du dispositif de lutte contre ce phénomène.

La rencontre a réuni plusieurs membres du gouvernement, les préfets de région, des parlementaires, des représentants des rois et chefs traditionnels, les Forces de défense et de sécurité ainsi que des professionnels du secteur minier.

 

L’objectif était notamment d’évaluer les actions déjà entreprises et de définir une nouvelle stratégie pour rendre la lutte plus efficace.

 

Plus de 1 000 sites déguerpis en cinq ans

Le bilan présenté par les autorités permet de mesurer l’ampleur des opérations engagées ces dernières années.

 

Selon la note d’information de la Présidence de la République datée du 8 septembre 2026, plus de 1 000 sites colonisés ou recolonisés ont été déguerpis entre juillet 2021 et juillet 2026.

 

Sur la même période, 4 665 individus ont été déférés devant la justice. Les opérations ont également permis la saisie d’environ 136 kilogrammes d’or, de plus d’un milliard de FCFA et de 745 pelleteuses, en plus d'autres équipements utilisés dans l’exploitation illégale de l’or.

 

L’État indique par ailleurs avoir mobilisé plus de 15 milliards de FCFA pour soutenir les différentes actions de lutte.

Ces opérations ont notamment impliqué le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GS-LOI), la Brigade de répression des infractions au Code minier (BRICM), la Brigade spéciale de surveillance et d’intervention (BSSI), l’Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR), ainsi que les services du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme.

 

Malgré les opérations, le phénomène persiste

 

Ces chiffres témoignent de l’importance des moyens engagés. Mais ils mettent également en évidence une difficulté majeure : les opérations de déguerpissement ne suffisent pas à faire disparaître durablement le phénomène.

 

La note officielle reconnaît en effet la persistance de l’orpaillage illégal et évoque notamment la nécessité d’empêcher la « recolonisation » des sites déjà libérés.

 

L’objectif n'est désormais plus seulement de découvrir un site clandestin, d'y intervenir et de détruire les installations. La nouvelle stratégie entend agir sur toute la chaîne qui permet à l’activité illégale de fonctionner.

 

Elle doit ainsi combiner le renseignement, l’alerte, la surveillance, la prévention et la répression, mais également le démantèlement des réseaux et la restauration des sites dégradés.

 

Les autorités veulent surtout s’attaquer aux personnes qui se trouvent derrière les exploitations : commanditaires, financiers et réseaux de soutien.

 

Les préfets placés au cœur du nouveau dispositif

 

C'est l'un des principaux changements annoncés à l’issue de l’atelier. Le corps préfectoral est appelé à occuper une place centrale dans la nouvelle architecture de lutte contre l’orpaillage illégal.

 

Les préfets de région se sont ainsi engagés à œuvrer à l’éradication du phénomène dans un délai de six mois.

 

Cette responsabilisation doit permettre une meilleure coordination entre les services de l’État, les Forces de défense et de sécurité, les collectivités territoriales et les différents acteurs intervenant sur le terrain.

 

Dix actions prioritaires ont également été retenues. Elles sont organisées autour de trois axes : le renseignement, l’alerte et la surveillance ; la coordination et la gouvernance ; et enfin les sanctions.

 

Six mois : un objectif ambitieux

 

L'engagement pris par les préfets pose cependant une question importante : peut-on réellement parvenir à éradiquer en six mois un phénomène contre lequel l’État lutte depuis plusieurs années ?

 

La note de la Présidence ne fournit pas, à elle seule, suffisamment d'éléments permettant d'affirmer que l'orpaillage illégal aura effectivement disparu du territoire ivoirien au terme de cette période.

 

Le délai de six mois doit donc être compris, à ce stade, comme un objectif fixé aux autorités préfectorales et non comme un résultat déjà acquis.

 

Les chiffres communiqués montrent d'ailleurs la complexité du problème : plus de 1 000 sites ont déjà été déguerpis ou à nouveau déguerpis en cinq ans. La mention même de sites « recolonisés » montre que la fermeture d'une exploitation clandestine ne garantit pas nécessairement sa disparition définitive.

 

La réussite de la nouvelle stratégie dépendra donc de sa capacité à empêcher cette réinstallation, mais aussi à identifier et neutraliser les réseaux économiques et financiers qui permettent aux activités clandestines de se poursuivre.

 

De la répression des sites au démantèlement des réseaux

 

C'est probablement le principal changement de doctrine qui ressort de l'atelier de Yamoussoukro. L'État veut passer d'une stratégie principalement fondée sur les déguerpissements à une approche plus globale, permanente, territorialisée et coordonnée.

 

Autrement dit, il ne s'agit plus seulement de s'attaquer aux personnes présentes sur les sites d'orpaillage clandestin. Les autorités entendent remonter les réseaux, identifier leurs sources de financement, sanctionner les commanditaires et restaurer les territoires dégradés.

 

Un mécanisme de suivi et d'évaluation doit également accompagner le plan d'action afin de mesurer les résultats obtenus sur le terrain.

Le véritable test commencera maintenant

Avec plus de 15 milliards de FCFA mobilisés en cinq ans, des milliers de personnes déférées et des centaines d'engins saisis, la Côte d'Ivoire ne part pas de zéro dans sa lutte contre l'orpaillage illégal. Mais la persistance du phénomène montre également les limites des stratégies précédentes.

 

Le défi des six prochains mois sera donc moins de multiplier les annonces que de démontrer que la nouvelle organisation permet d'obtenir des résultats durables : empêcher la réinstallation sur les sites déguerpis, atteindre les commanditaires et les financiers, améliorer la coordination locale et restaurer les zones dégradées.

 

L’État affiche désormais un objectif de « tolérance zéro » sur l’ensemble du territoire national.Dans six mois, les résultats obtenus sur le terrain permettront de mesurer si cette nouvelle stratégie a réellement marqué un tournant dans la lutte contre l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire.