Cofondateur du Front populaire ivoirien (FPI), ancien responsable des Forces nouvelles et ex-ministre, Louis-André Dacoury-Tabley est décédé le samedi 17 octobre 2026 à Abidjan, à l’âge de 81 ans. De son engagement aux côtés de Laurent Gbagbo à son ralliement à la rébellion en 2002, avant son entrée au gouvernement sous Alassane Ouattara, son itinéraire reflète plusieurs décennies de bouleversements politiques en Côte d’Ivoire.

 

La disparition de Louis-André Dacoury-Tabley marque la fin d’un parcours étroitement lié aux grandes crises politiques ivoiriennes. Décédé le samedi 17 octobre 2026 à la Polyclinique internationale Sainte-Anne-Marie (PISAM), à Abidjan, après une période de maladie, cet ancien ministre a traversé plusieurs étapes majeures de l’histoire contemporaine du pays, passant de l’opposition politique aux responsabilités gouvernementales.

 

Né le 14 septembre 1945 à Gagnoa, il avait 81 ans. Cofondateur du Front populaire ivoirien (FPI), ancien responsable politique de la rébellion et membre de gouvernements successifs, il a connu des changements d’alliances qui ont profondément marqué son parcours.

 

Des premières luttes politiques au sein du FPI

 

Au début des années 1980, Louis-André Dacoury-Tabley s’engage dans le mouvement politique qui donnera naissance au Front populaire ivoirien. En 1983, il participe à la fondation du parti aux côtés de Laurent Gbagbo et d’autres militants déterminés à promouvoir le pluralisme politique en Côte d’Ivoire.

 

À cette époque, le FPI s’impose progressivement comme une force d’opposition au système politique dominé par le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). Dacoury-Tabley prend part à cette dynamique et devient l’un des compagnons politiques de Laurent Gbagbo.

 

Au cours des années 1990, il exerce notamment des responsabilités liées à la sécurité du parti, dans un contexte marqué par les tensions entre le pouvoir et l’opposition, les manifestations et les arrestations de militants.

 

Cette première partie de sa carrière le place parmi les acteurs de la gauche ivoirienne engagés dans la lutte pour l’ouverture démocratique. Mais son itinéraire va connaître un tournant majeur avec le déclenchement de la crise politico-militaire de 2002.

 

Le ralliement à la rébellion en 2002

 

Le 19 septembre 2002, une tentative de coup d’État plonge la Côte d’Ivoire dans une crise armée. Le pays se retrouve progressivement divisé entre les forces gouvernementales et plusieurs mouvements rebelles, dont le Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI), qui contrôle notamment la ville de Bouaké.

 

En novembre de la même année, Louis-André Dacoury-Tabley annonce son ralliement au MPCI. Cette décision marque une rupture importante avec le camp politique qu’il avait fréquenté pendant près de deux décennies, puisqu’il rejoint un mouvement armé opposé au pouvoir de Laurent Gbagbo, son ancien compagnon de lutte.

 

Il devient alors l’une des figures politiques des Forces nouvelles, la coalition issue des mouvements rebelles. Il y assume des responsabilités liées aux relations extérieures et participe aux discussions engagées pour rechercher une issue à la crise.

 

Son expérience politique et sa connaissance des acteurs nationaux contribuent à son implication dans les négociations destinées à rétablir la paix. Les accords de Linas-Marcoussis, en janvier 2003, puis ceux de Ouagadougou, en mars 2007, jalonnent ce processus.

 

Proche de Guillaume Soro, il est également appelé à exercer des fonctions de conseiller sur les questions de sécurité auprès de celui qui devient Premier ministre. Son parcours l’amène ainsi à occuper une position singulière : celle d’un ancien responsable de l’opposition devenu acteur politique de la rébellion et interlocuteur dans les discussions sur l’avenir institutionnel du pays.

 

Du processus de paix aux fonctions ministérielles

 

L’évolution du processus de sortie de crise ouvre une nouvelle étape dans la carrière de Louis-André Dacoury-Tabley. À partir de 2007, les négociations favorisent progressivement l’intégration de responsables issus de camps opposés au sein des institutions de l’État.

 

Cette année-là, il rejoint le gouvernement dirigé par Guillaume Soro en qualité de ministre de la Solidarité et des Victimes de guerre. Il est alors associé aux enjeux sociaux liés au conflit, notamment la prise en compte des victimes et les efforts nécessaires à la reconstruction de la cohésion nationale.

 

Après la crise postélectorale de 2010-2011 et la chute du régime de Laurent Gbagbo, il poursuit sa carrière au sein des institutions sous la présidence d’Alassane Ouattara.

 

Du 12 janvier 2016 à janvier 2017, il occupe le portefeuille des Eaux et Forêts dans le gouvernement de Daniel Kablan Duncan. Cette nomination illustre une nouvelle étape de son itinéraire politique : après avoir participé à la rébellion contre le pouvoir de Laurent Gbagbo, il exerce désormais des responsabilités ministérielles sous une présidence à laquelle son ancien compagnon de lutte s’oppose.

 

Ces différentes fonctions témoignent des recompositions qui ont marqué la vie politique ivoirienne, où certains acteurs ont successivement participé à l’opposition, aux mouvements rebelles, aux négociations de paix et à la gestion des affaires publiques.

 

Un héritage inscrit dans les grandes crises ivoiriennes

 

Issu de la famille Dacoury-Tabley d’Ouragahio, Louis-André Dacoury-Tabley appartenait à une famille connue pour la présence de plusieurs personnalités dans la vie publique ivoirienne. Philippe-Henri Dacoury-Tabley, ancien gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), compte notamment parmi les membres de cette famille.

 

Le parcours de l’ancien ministre dépasse toutefois la seule histoire de ses appartenances politiques. Il reflète une période au cours de laquelle les clivages idéologiques, les conflits armés et les négociations ont profondément modifié les alliances et les rapports de force en Côte d’Ivoire.

 

De son engagement initial au FPI à son ralliement au MPCI en 2002, puis à ses responsabilités gouvernementales, ses choix ont jalonné plusieurs séquences majeures de la vie politique nationale.

 

Sa disparition laisse ainsi des souvenirs différents selon les acteurs et les périodes de son parcours. Pour sa famille et ses proches, elle représente la perte d’un père et d’un parent. Pour ses anciens compagnons politiques et ses partenaires institutionnels, elle marque également la disparition d’un homme qui a pris part à plusieurs moments décisifs de l’histoire du pays.

 

Avec la mort de Louis-André Dacoury-Tabley, la Côte d’Ivoire perd l’un des acteurs politiques dont l’itinéraire a accompagné les transformations de ces dernières décennies. De la lutte pour le pluralisme aux divisions provoquées par la crise armée, en passant par les négociations et l’exercice du pouvoir, son parcours demeure étroitement lié à une histoire nationale faite de ruptures, de compromis et de recompositions politiques.

 

KR