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À Gonaté, dans le département de Daloa, région du Haut-Sassandra, la patate douce semble devenir la nouvelle mamelle nourricière des populations. A la faveur d’un séjour dans cette localité, nous avons eu l’occasion de nous imprégner de la situation. Découvrons les transactions autour de ce vivrier qui s’impose désormais comme un pilier de l’activité économique.
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Longtemps connue pour ses plantations de café et cacao, Gonaté n’a cependant pas renié sa tradition agricole. Les cultures de rente continuent d’occuper une bonne partie des exploitations. Mais depuis quelques années, les tubercules, particulièrement la patate douce, prend une place grandissante dans le paysage économique local.
Pour les producteurs, la culture de la patate douce est une réelle opportunité. « Avant, on ne pensait qu’au cacao. Aujourd’hui, la patate douce nous fait vivre presque autant », confie dame Rokia, productrice dans un village voisin de Gonaté.
A Gonaté, localité située à une vingtaine de kilomètres de Daloa, le marché fonctionne selon le rythme classique des marchés hebdomadaires et tournants. Ces rendez-vous cycliques structurent la vie économique du Centre-ouest ivoirien. Mais c’est le samedi que tout s’accélère. Ce jour-là, les productrices affluent des villages environnants, sacs et cuvettes chargés de leurs récoltes de la semaine.
« Le samedi, on ne dort presque pas. Il faut être là très tôt, pour avoir la meilleure place et vendre, avant que les acheteurs de Daloa ne repartent », explique Adama K., un habitué du marché.
Dès l’arrivée des commerçantes, des grossistes organisent l’acheminement des tubercules vers Daloa et d’autres grandes villes ivoiriennes. En semaine, l’activité ne s’arrête pas pour autant. Un marché quotidien de subsistance se tient le long de l’axe routier principal. Ce qui permet aux voyageurs de passage et aux commerçants locaux de s’approvisionner rapidement, sans attendre le grand rendez-vous du week-end.
Le kilogramme de patate douce s’échange généralement entre 400 F CFA et 600 F CFA, selon la période de l’année. En pleine récolte, les prix sont abordables. En période de rareté, ils remontent naturellement. À Gonaté même, où la marchandise sort directement des champs, le consommateur final bénéficie souvent d’un tarif légèrement plus avantageux. Le produit est vendu à la cuvette ou au petit tas.
Les véritables défis se trouvent cependant du côté du gros. Les grossistes négocient le sac, généralement entre 50 kg et 100 kg, sans standardisation stricte des contenants. Les prix bord champ, convertis au kilogramme, oscillent entre 150 F CFA et 250 F CFA.

Cet écart avec les prix de détail constitue la marge qui permet aux revendeurs d’acheminer la marchandise vers les grandes villes. « On achète ici à un prix. Mais entre le transport, les frais de route et les pertes, la marge n’est pas énorme. C’est un métier qui demande de la patience », résume dame Tra Lou B., grossiste faisant régulièrement la navette entre Gonaté et Daloa.
Ce qui fait la force de Gonaté, c’est sa position géographique. La localité se positionne comme un véritable bassin de collecte. Elle profitant ainsi de son accès direct au réseau routier principal.
Le circuit suit globalement un schéma triangulaire. La production est d’abord rassemblée sur le marché local. Elle est ensuite acheminée vers Daloa, plaque tournante régionale. La marchandise est enfin transportée vers Abidjan et les autres grands centres de consommation.
L’activité, pour l’instant informelle, illustre la capacité d’adaptation des filières vivrières ivoiriennes. Elle témoigne aussi du rôle essentiel des marchés de proximité dans l’approvisionnement des populations urbaines.
À Gonaté, la patate douce est devenue un pilier économique à part entière. La production est portée par des femmes et des hommes qui, marché après marché, tissent patiemment les liens entre les zones de production et la ville.
Chance Hamed Soro
