Alors que les énergies renouvelables poursuivent leur progression à travers le monde et s’imposent progressivement comme un pilier de la transition énergétique, les financements bancaires continuent paradoxalement de privilégier les énergies fossiles. C’est la principale conclusion du rapport « Banking on Climate Chaos 2026 », publié début juin par une coalition internationale d’organisations non gouvernementales spécialisées dans les questions climatiques et environnementales.

 

Selon ce document, qui en est à sa 17e édition, les 65 plus grandes institutions bancaires de la planète ont consacré 906 milliards de dollars au financement des producteurs d’énergies fossiles en 2025, soit une hausse de 8 % par rapport à l’année précédente.

 

Les banques basées aux États-Unis, au Canada, au Japon, en Chine, au Royaume-Uni et dans l’Union européenne concentrent à elles seules près de 90 % de ces financements mondiaux.

 

Plus de 500 milliards de dollars pour l’expansion des énergies fossiles

 

Le rapport met particulièrement en lumière l’augmentation des financements destinés à l’expansion des activités liées au pétrole, au gaz et au charbon.

 

Sur les 906 milliards de dollars mobilisés en 2025, près de 508 milliards ont été consacrés à de nouveaux projets d’expansion des énergies fossiles, soit 108 milliards de dollars supplémentaires par rapport à 2024.

 

Pour les auteurs du rapport, cette tendance est particulièrement préoccupante.« Il s’agit d’une hausse de 27,1 % en un an qui soutient l’allongement et le verrouillage potentiel de décennies d’émissions climatiques futures et d’instabilité énergétique », souligne le collectif. 

 

Les ONG dénoncent notamment la multiplication des financements accordés aux infrastructures pétrolières et gazières, mais aussi la progression des soutiens financiers destinés aux projets liés au charbon, qu’il s’agisse de nouvelles centrales thermiques ou de l’exploitation minière.

 

Près de 8 700 milliards de dollars investis depuis l’Accord de Paris

 

Le rapport rappelle également qu’en dépit des engagements internationaux en faveur du climat, les investissements dans les énergies fossiles restent massifs.

 

Depuis l’adoption de l’Accord de Paris en 2015, les principales banques mondiales ont ainsi injecté environ 8 700 milliards de dollars dans les secteurs du pétrole, du gaz et du charbon.

 

Pour les auteurs de l’étude, ces montants auraient pu accélérer considérablement la transition énergétique mondiale s’ils avaient été orientés vers les énergies propres.

 

« Si ces banques avaient consacré près de 9 000 milliards de dollars au financement d’une transition énergétique juste au cours de la dernière décennie, le monde serait aujourd’hui nettement plus sain, plus équitable et plus sûr », estiment-ils.

 

Les « Dirty Dozen », les banques les plus critiquées

 

Parmi les 65 institutions analysées, douze banques sont particulièrement pointées du doigt pour leur rôle dans le financement des combustibles fossiles.

 

Surnommé « Dirty Dozen » (« les douze banques sales »), ce groupe représente à lui seul près de 40 % du financement mondial des projets fossiles.

 

En tête du classement figure la banque américaine JPMorgan Chase, qui a accordé 58,2 milliards de dollars aux énergies fossiles en 2025.

 

Elle est suivie par Bank of America avec 47,3 milliards de dollars, puis par les groupes japonais Mitsubishi UFJ Financial et Mizuho Financial, chacun crédité de 46,5 milliards de dollars.

 

Citigroup complète le Top 5 avec 45,3 milliards de dollars.

 

Le classement comprend également Wells Fargo, Morgan Stanley, Goldman Sachs, SMBC Group, Royal Bank of Canada, Toronto-Dominion Bank et Barclays.

 

Selon les auteurs du rapport, ces établissements contribuent à maintenir un système énergétique fortement dépendant des combustibles fossiles au détriment des alternatives renouvelables.

Les renouvelables progressent, mais la finance reste en retard

 

Cette publication intervient pourtant dans un contexte marqué par une accélération sans précédent du développement des énergies renouvelables.

En 2025, les énergies renouvelables ont couvert l’intégralité de la croissance de la demande mondiale d’électricité, confirmant l’ampleur de la transition énergétique en cours.

Le solaire et l’éolien enregistrent notamment des performances record grâce à la baisse continue des coûts de production et aux avancées technologiques observées ces dernières années.

Dans de nombreux pays, ces technologies sont désormais plus compétitives que plusieurs sources d’énergie conventionnelles.

 

La bataille de la transition énergétique se joue désormais dans la finance

 

Si les progrès technologiques et industriels des énergies renouvelables ne font plus guère de doute, le principal défi reste aujourd’hui celui du financement.

 

Pour de nombreux analystes, la transition énergétique mondiale ne pourra véritablement s’accélérer que lorsque les flux financiers se détourneront massivement des énergies fossiles pour soutenir davantage les solutions bas carbone.

 

En dépit des avancées enregistrées dans le solaire, l’éolien ou encore le stockage de l’énergie, les chiffres du rapport montrent que les grandes institutions financières continuent de miser prioritairement sur le pétrole, le gaz et le charbon. Une réalité qui souligne l’écart persistant entre les ambitions climatiques affichées et les choix d’investissement opérés à l’échelle mondiale.