La mort de huit femmes, dont la plus jeune était âgée de 20 ans, suscite une vive émotion dans la province du Gauteng. Face à la multiplication des meurtres, habitants et associations dénoncent une situation devenue particulièrement préoccupante.

 

Une série de meurtres qui ravive la peur. En Afrique du Sud, la province du Gauteng est sous le choc après la mort de huit femmes au cours des deux derniers mois. La plus jeune des victimes n’avait que 20 ans. Une situation qui nourrit l’inquiétude au sein des communautés et relance les préoccupations autour des féminicides dans le pays.

 

« Les femmes ont peur »

 

Pour Lesiba Molefe, frère de l’une des victimes, l’angoisse est désormais omniprésente. Il s’interroge sur la capacité des familles et des communautés à vivre normalement face à la succession de ces drames.

 

« Nous, en tant que frères, allons-nous dormir ce soir sans savoir si demain une nouvelle découverte va être faite ? », s’interroge-t-il, avant d’évoquer les femmes qui doivent encore rentrer seules chez elles après leurs courses ou leurs activités quotidiennes.

 

« Les femmes ont peur. Nos sœurs ont peur », souligne-t-il, exprimant ainsi l’inquiétude qui gagne une partie de la population.

 

Selon l’agence des Nations unies chargée de l’égalité des sexes, les taux de féminicides en Afrique du Sud figurent parmi les plus élevés au monde.

 

Une émotion qui dépasse les familles

 

Dans les rues, l’émotion est également palpable. Pour Raph Emmanuel, un habitant, ces meurtres affectent l’ensemble de la société et donnent une image préoccupante des hommes.

 

« C’est une mauvaise expérience et ce n’est pas bon pour le pays. Ce n’est pas bon pour l’image des hommes », affirme-t-il. Il rappelle que derrière chaque victime se trouvent des familles et des proches directement touchés par ces drames.

 

Le résident dit également ressentir une profonde tristesse à chaque nouvelle annonce de meurtre. « Chaque fois que l’on éteint la radio ou la télévision et que l’on apprend qu’une femme a été tuée – on en est déjà à huit au total –, c’est vraiment très déchirant », témoigne-t-il.

 

Une course pour rendre hommage aux victimes

 

À Kempton Park, une mobilisation communautaire a également été organisée autour d’une course en hommage aux femmes tuées ces dernières semaines.

 

Plusieurs participants se sont réunis pour rendre hommage à Elizabeth et aux autres victimes. Pour Sinéad Farrell, responsable associative, cette initiative vise à rappeler que les violences faites aux femmes concernent l’ensemble de la communauté.

 

« Nous courons en tant que communauté, tous ensemble, pour rendre hommage à Elizabeth et aux autres femmes qui ont tragiquement perdu la vie ces dernières semaines dans notre ville », explique-t-elle.

 

Selon elle, cette mobilisation traduit une réalité vécue par de nombreuses femmes. Lors de la rencontre, elle a demandé aux participantes et participants de lever la main s’ils s’étaient déjà sentis en danger pendant une course ou avaient changé leur itinéraire par crainte d’être suivis. « Presque tout le monde a levé la main », rapporte-t-elle.

 

Plus de 5 000 meurtres en trois mois

 

Cette série de féminicides intervient dans un contexte plus large de forte criminalité en Afrique du Sud. Entre avril et juillet de cette année, le pays a enregistré 5 427 meurtres, selon les dernières statistiques sur la criminalité.

Cela représente une moyenne d’environ 45 homicides par jour.

 

Dans le Gauteng, la succession des meurtres de femmes continue ainsi de susciter inquiétude et mobilisation, alors que les communautés rendent hommage aux victimes et appellent à ne pas banaliser ces violences.

 

KR