La Côte d’Ivoire veut renforcer sa politique environnementale à travers la mise en place d’une stratégie nationale de taxation des émissions de carbone. Porté par le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, ce projet ambitionne de réduire progressivement les émissions de gaz à effet de serre tout en soutenant la transition vers une économie plus durable et plus résiliente.
Une croissance économique accompagnée d’une hausse des émissions
Selon le document stratégique publié ce jeudi 28 mai 2026, la forte croissance enregistrée par le pays après la crise sanitaire du Covid-19 s’est accompagnée d’une augmentation des émissions de carbone. L’intensité carbone de l’économie ivoirienne est passée de 0,15 à 0,18 tonne par millier de dollars entre 1990 et 2024. Cette évolution s’explique notamment par la dépendance aux énergies fossiles, le développement du transport, l’industrialisation croissante ainsi que certaines activités agricoles fortement émettrices.
Les autorités ivoiriennes estiment désormais que le changement climatique représente une menace directe pour plusieurs secteurs clés de l’économie nationale, en particulier l’agriculture, fortement exposée aux perturbations climatiques et essentielle à l’emploi et au PIB du pays.
Une réforme alignée sur les engagements climatiques
À travers cette réforme, la Côte d’Ivoire entend respecter ses engagements internationaux en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Dans le cadre de sa Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0), le pays vise une réduction de 33,07 % de ses émissions grâce à ses propres efforts, avec un objectif pouvant atteindre 74 % avec l’appui des partenaires internationaux d’ici 2035.
Cette stratégie s’inscrit également dans les réformes menées avec le Fonds monétaire international (FMI), notamment dans le cadre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD), qui prévoit l’élaboration d’un mécanisme fiscal adapté aux réalités économiques et sociales ivoiriennes.
Une fiscalité environnementale encore insuffisante
Le document souligne que plusieurs taxes environnementales existent déjà en Côte d’Ivoire, notamment dans les secteurs pétrolier, énergétique, forestier et minier. Toutefois, ces mécanismes restent principalement destinés à la mobilisation de recettes publiques et demeurent peu efficaces pour encourager une véritable transition vers une économie bas carbone.
La future stratégie vise donc à donner un caractère plus incitatif à la fiscalité écologique afin d’encourager les entreprises et les ménages à adopter des pratiques plus respectueuses de l’environnement.
Une taxe carbone progressive avec des mesures sociales
La future taxe carbone devrait concerner principalement les carburants fossiles, à l’exception du gaz butane. Les simulations réalisées montrent qu’une taxation de 8 dollars par tonne de CO₂ permettrait déjà de réduire les émissions de 0,2 million de tonnes, tandis qu’une taxe portée à 50 dollars la tonne pourrait entraîner une baisse de 1,2 million de tonnes.
Les autorités reconnaissent cependant que cette réforme pourrait entraîner une hausse des prix des carburants et avoir des effets limités sur la croissance économique à court terme. Pour limiter ces impacts, le gouvernement prévoit un système de redistribution des recettes issues de cette taxe.

Des recettes orientées vers les ménages et l’économie verte
Les revenus générés par cette taxe devraient financer plusieurs programmes sociaux et environnementaux, notamment l’accès à l’électricité, le soutien aux cuisinières à gaz ou solaires pour réduire l’utilisation du charbon de bois, ainsi que des transferts directs en faveur des ménages vulnérables.
Le gouvernement envisage également de soutenir les emplois verts, les programmes de reconversion professionnelle et le développement des véhicules propres grâce à des exonérations ciblées et à la mise en place d’infrastructures adaptées, notamment des bornes de recharge.
Une mise en œuvre progressive jusqu’en 2035
La stratégie sera déployée en plusieurs étapes entre 2026 et 2035. Une première phase sera consacrée à la préparation du cadre juridique et institutionnel entre 2026 et 2027. L’entrée en vigueur effective de la taxe est prévue pour la période 2028-2029 avec un niveau de taxation modéré, avant un renforcement progressif du dispositif jusqu’en 2035.
À travers cette réforme, la Côte d’Ivoire affiche sa volonté de concilier croissance économique, justice sociale et protection de l’environnement dans un contexte mondial marqué par l’urgence climatique.