| La nouvelle programmation militaire porte à près de 436 milliards d’euros les crédits consacrés à la défense entre 2024 et 2030. Drones, munitions, défense antimissile, cyberespace et service national volontaire figurent parmi les principales priorités. |
La France entend accélérer la modernisation de ses armées. Publiée mardi 18 août 2026 au Journal officiel, la loi actualisant la programmation militaire prévoit 36 milliards d’euros de ressources supplémentaires entre 2026 et 2030.
L’enveloppe globale de la mission « Défense » atteint désormais 435,7 milliards d’euros, arrondis à 436 milliards, pour la période 2024-2030, contre 400 milliards dans la trajectoire budgétaire initialement adoptée en 2023.
Un budget militaire porté à 75,7 milliards d’euros en 2030
Le budget annuel des armées, qui s’élevait à 32,2 milliards d’euros en 2017, doit atteindre 63,3 milliards en 2027, puis 75,7 milliards en 2030.
L’objectif est de porter l’effort national de défense à au moins 2,5 % du produit intérieur brut en 2030, avec une cible de 3,5 % à l’horizon 2035.
Cette nouvelle trajectoire vise à adapter les forces françaises à l’évolution des conflits, marqués notamment par l’utilisation massive de drones, les attaques cybernétiques, les frappes à longue portée et le retour des guerres de haute intensité.
Drones, munitions et défense aérienne prioritaires
La loi concentre les investissements sur plusieurs capacités stratégiques : la dissuasion nucléaire, les munitions, les drones, la défense sol-air et antidrones, la guerre électronique, le cyberespace, le renseignement spatial, les frappes dans la profondeur et la préparation opérationnelle.
Les livraisons de munitions rôdeuses doivent notamment augmenter de 400 % d’ici 2030 par rapport aux objectifs initiaux. Les hausses prévues atteignent 230 % pour les torpilles, 190 % pour les obus de 155 millimètres, 100 % pour les missiles Exocet et 85 % pour les missiles de croisière SCALP et MdCN.
Les missiles de défense aérienne ASTER et MICA VL doivent également connaître une augmentation de 30 %, contre 45 % pour les missiles Mistral.
Des drones dans toutes les composantes des armées
Les forces françaises doivent généraliser l’utilisation de drones aériens, terrestres, navals et sous-marins avant 2030. Chaque groupe ou plateforme de combat devra progressivement disposer de plusieurs systèmes adaptés à ses missions.
Parallèlement, la France renforcera ses capacités de détection, de brouillage et de neutralisation des appareils ennemis. De nouveaux radars, fusils brouilleurs, drones d’interception et armes à énergie dirigée doivent compléter les dispositifs existants.
Dans le domaine spatial, environ 300 terminaux de la constellation Eutelsat OneWeb seront déployés afin de renforcer les communications sécurisées à haut débit des forces armées.
Un service national militaire de dix mois
La loi instaure également un nouveau service national exclusivement militaire et fondé sur le volontariat. Il sera ouvert aux Françaises et aux Français âgés de 18 à 25 ans.
Les volontaires signeront un contrat de dix mois, non renouvelable, et serviront uniquement sur le territoire national. Ils pourront participer à la protection des emprises militaires, au soutien logistique, à la maintenance, aux tâches administratives ou à des missions spécialisées dans le cyber, la santé, l’ingénierie et l’analyse de données.
Le dispositif prévoit une montée en puissance progressive :
- 3 000 volontaires en 2026 ;
- 4 000 en 2027 ;
- 5 000 en 2028 ;
- 7 500 en 2029 ;
- 10 000 en 2030.
Les étudiants pourront suspendre temporairement leurs études pour accomplir ce service. Les agents publics pourront, quant à eux, bénéficier d’un congé sans traitement.
Plus d’effectifs et de réservistes
La programmation prévoit la création nette de 9 550 postes supplémentaires entre 2026 et 2030. Les effectifs du ministère des Armées doivent atteindre 275 000 équivalents temps plein en 2030, sans compter les volontaires du service national.
La France ambitionne également d’atteindre, en 2035, un réserviste pour deux militaires d’active. Au moins 550 millions d’euros doivent être consacrés à l’équipement et à la modernisation de la réserve opérationnelle.
Priorité à l’industrie française et européenne
Le réarmement devra s’appuyer prioritairement sur les capacités industrielles françaises et, lorsque cela sera nécessaire, sur des chaînes d’approvisionnement européennes.
Au moins 10 % des crédits destinés aux études en amont seront réservés aux petites et moyennes entreprises ainsi qu’aux entreprises de taille intermédiaire du secteur de la défense.
Entre augmentation des crédits, modernisation technologique et mobilisation de la jeunesse, cette nouvelle programmation engage les armées françaises dans une transformation accélérée. Sa mise en œuvre dépendra toutefois des crédits effectivement votés chaque année et de la capacité de l’industrie à répondre à la hausse des commandes.