Le gouvernement français veut ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2027, contre 5,4 % en 2026. Mais le gel envisagé de certaines prestations sociales et aides au logement suscite des inquiétudes chez les économistes et les associations familiales, qui alertent sur ses conséquences potentielles pour les ménages modestes.

 

Le projet de budget 2027 du gouvernement français ouvre un débat sur la répartition des efforts budgétaires et leurs conséquences sociales. Présenté le 1er octobre, le texte vise à réduire le déficit public, notamment en limitant la progression de certaines dépenses sociales.

 

Parmi les mesures envisagées figurent le gel de la prime d’activité et de certains paramètres utilisés pour calculer les aides personnelles au logement. Ces dispositions pourraient peser sur le pouvoir d’achat des bénéficiaires, particulièrement si les prix et les loyers continuent d’augmenter.

 

Le projet reste toutefois soumis à l’examen parlementaire. Les effets définitifs dépendront des mesures effectivement adoptées et de leurs modalités d’application.

 

Le gouvernement défend la maîtrise des dépenses

 

Devant la commission des finances, le 1er octobre, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a défendu la nécessité de redresser les comptes publics afin de préserver les capacités d’investissement de l’État et de restaurer la confiance dans les finances publiques.

 

Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a présenté le gel de certaines dépenses comme un moyen de contenir les coûts, tout en maintenant des mesures de soutien pour les publics les plus vulnérables.

 

Le gouvernement entend notamment préserver la revalorisation du revenu de solidarité active (RSA), de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et du minimum vieillesse.

 

L’article 74 du projet de budget prévoit cependant de suspendre en 2027 la revalorisation annuelle de la prime d’activité et de certains paramètres liés aux dépenses de logement entrant dans le calcul des aides personnelles au logement.

 

L’exécutif estime que ces dispositions permettraient d’éviter respectivement 332 millions d’euros de dépenses pour la prime d’activité et 101 millions d’euros pour les aides au logement.

 

Pour les bénéficiaires, un gel pourrait se traduire par une diminution du pouvoir d’achat de ces prestations si les dépenses courantes augmentent. Il ne permet toutefois pas, à lui seul, de déterminer la perte moyenne supportée par chaque famille.

 

L’OFCE alerte sur les travailleurs modestes

 

Dans une chronique diffusée le 6 octobre sur BFM Business, Éric Heyer, directeur du département Analyse et Prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), a également attiré l’attention sur une autre mesure envisagée : la modification du calcul de la prime d’activité.

 

Le dispositif pourrait intégrer certaines contributions patronales à la complémentaire santé ou à la prévoyance dans les ressources prises en compte. Selon l’économiste, cette évolution pourrait augmenter les revenus retenus pour le calcul de l’aide sans entraîner de hausse équivalente du salaire effectivement disponible.

 

Certains bénéficiaires pourraient ainsi percevoir une prime d’activité moins élevée.

 

Éric Heyer s’interroge également sur la cohérence d’une politique qui prévoit de revaloriser certains minima sociaux tout en gelant une prestation destinée à soutenir les travailleurs modestes et à encourager l’activité professionnelle.

 

Il estime que ces choix pourraient accentuer les difficultés des personnes qui travaillent à temps partiel ou disposent de faibles revenus. Le gel de la prestation et la modification de son mode de calcul constituent néanmoins deux mesures distinctes.

 

Le Haut Conseil s’interroge sur les perspectives économiques

 

Les hypothèses macroéconomiques retenues par le gouvernement font également débat. Dans son avis du 25 septembre sur les projets de budgets pour 2027, le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) a jugé optimiste la prévision de croissance de 1 % avancée par l’exécutif.

 

L’institution relève que le gouvernement table sur un raffermissement de la demande intérieure malgré un effort budgétaire plus important que celui retenu par plusieurs autres prévisionnistes.

 

Elle souligne que cette orientation pourrait affecter davantage le pouvoir d’achat des ménages et, par conséquent, la consommation.

 

Le HCFP considère par ailleurs que la prévision d’inflation de 1,8 % est globalement conforme aux anticipations disponibles, tout en rappelant les incertitudes liées à l’évolution des prix de l’énergie.

 

L’institution a également regretté de ne pas disposer de suffisamment de temps et de documentation pour examiner en détail le chiffrage et les effets macroéconomiques des nouvelles mesures de recettes.

 

Les associations familiales redoutent des conséquences sociales

 

L’Union nationale des associations familiales (Unaf) a, elle aussi, exprimé ses préoccupations lors de son audition du 29 septembre consacrée au budget de la Sécurité sociale pour 2027.

 

L’organisation s’inquiète notamment du recentrage envisagé de l’allocation de rentrée scolaire. Les modalités précises de cette mesure n’étaient pas encore connues au moment de son audition.

 

Selon l’Unaf, cette orientation pourrait pénaliser les familles modestes, notamment les foyers monoparentaux. L’association critique également la publication tardive des études d’impact et le recours à des mesures réglementaires, qui limiteraient, selon elle, la capacité des parlementaires à examiner pleinement les changements proposés.

 

L’organisation se montre toutefois favorable au principe d’un prêt à taux zéro destiné aux familles à la naissance d’un enfant, tout en demandant des précisions sur les conditions d’accès à ce dispositif.

 

Son enquête de 2026 met en lumière les difficultés financières rencontrées par les familles interrogées : 63 % déclarent être financièrement contraintes ou parvenir tout juste à équilibrer leur budget, tandis que 24 % indiquent recourir au découvert bancaire pour financer des dépenses liées à leurs enfants.

 

Ces résultats décrivent la situation des familles avant l’application des éventuelles mesures de 2027. Ils ne constituent donc pas une évaluation de l’effet du budget.

 

Retraités : plusieurs scénarios pour répartir l’effort

 

La question de la répartition des économies concerne également les retraités. Dans une note publiée en septembre 2026, l’Institut des politiques publiques (IPP) compare plusieurs options envisagées pour 2027, notamment une modification de l’abattement fiscal sur les pensions, une désindexation et une hausse de la contribution sociale généralisée (CSG).

 

Les simulations montrent que des mesures produisant un rendement budgétaire comparable peuvent avoir des effets différents selon le niveau de revenus des retraités.

 

Un gel généralisé des pensions pèserait proportionnellement davantage sur les retraités modestes, tandis qu’une réduction du plafond de l’abattement fiscal concentrerait davantage l’effort sur les revenus élevés.

 

Ces résultats portent sur des scénarios précis. Ils ne constituent pas une évaluation exhaustive de l’ensemble du budget 2027 et ne préjugent pas des mesures qui seront finalement retenues.

 

Au Parlement, la répartition des efforts divise

 

Les orientations budgétaires alimentent également les débats politiques. Lors de l’audition des ministres, le député socialiste Mickaël Bouloux a contesté les efforts demandés aux allocataires, aux locataires, aux fonctionnaires et aux retraités. Il a notamment défendu une contribution accrue des hauts patrimoines et des grandes successions.

 

Le président de la commission des finances, Éric Coquerel, a, pour sa part, estimé que le gouvernement sous-évaluait les effets récessifs de sa politique budgétaire.

 

En parallèle, le projet prévoit une revalorisation de 2,1 % du barème de l’impôt sur le revenu afin d’éviter une augmentation mécanique de l’imposition liée à l’absence d’indexation. Il comprend également un prêt à taux zéro destiné, sous certaines conditions, aux parents de jeunes enfants.

 

Au-delà de l’objectif de réduction du déficit public, l’enjeu porte donc sur la répartition de l’effort entre les catégories de ménages. Les conséquences concrètes pour les familles dépendront des arbitrages parlementaires, de leur situation financière et de l’évolution des prix. À ce stade, les analyses disponibles mettent en évidence des effets différenciés, sans établir un bilan global chiffré des pertes ou des gains pour chaque catégorie de foyer.

 

TALLEB DE LA