| Cinq ans après le naufrage qui avait coûté la vie à 31 migrants dans la Manche, treize personnes ont été condamnées mercredi à Paris à des peines allant jusqu’à dix ans de prison. Le procès portait sur l’organisation de cette traversée clandestine à bord d’une embarcation surchargée et impropre à la navigation. |
Treize personnes ont été condamnées mercredi à Paris dans le cadre de l’enquête sur le naufrage d’une embarcation de migrants survenu dans la Manche en novembre 2021. Les peines prononcées vont jusqu’à dix ans de prison. Le drame avait fait 31 morts, pour la plupart des Kurdes irakiens.
Pour les familles des victimes, ce verdict constitue un soulagement. Leur avocat, Emmanuel Daoud, estime que la décision reconnaît la responsabilité pénale de ceux qui ont organisé cette traversée meurtrière.
« Ce commerce de la détresse humaine, ce commerce de l’exil, quand il coûte la vie à 31 personnes et que la mer devient un cimetière, cela a un prix, et le tribunal a déclaré que le prix à payer était la justice et une peine de prison », a-t-il déclaré.
L’avocat a toutefois rappelé qu’aucune condamnation ne pouvait ramener les victimes auprès de leurs familles. « Aucune peine de prison ne ramènera son mari, leur père », a-t-il souligné, estimant que le jugement permet néanmoins de rappeler que ces décès « ne sont pas anonymes » et « ne sont pas oubliés ».
Une traversée qui tourne au drame
Le 24 novembre 2021, l’embarcation avait pris la mer vers 22 heures en direction de l’Angleterre. Quatre heures plus tard, le bateau s’est dégonflé tandis que le moteur tombait en panne. À la dérive, les migrants se sont retrouvés confrontés à un choix entre tenter de regagner la France ou poursuivre leur route vers les côtes britanniques.
Plusieurs d’entre eux ont tenté d’alerter les secours. Après le signalement d’un bateau de pêche faisant état de corps à la mer au large de Calais, les autorités françaises avaient repêché 25 corps, parmi lesquels ceux de deux adolescents et d’un enfant.
Depuis le 8 septembre, quatorze passeurs présumés étaient jugés pour avoir organisé cette traversée à bord d’une petite embarcation surchargée, dépourvue de gilets de sauvetage adaptés et considérée comme impropre à la navigation en haute mer. Deux d’entre eux sont toujours en fuite.
Le tribunal a estimé que le procès avait mis en lumière les conséquences des méthodes employées par des passeurs qui, selon la juridiction, « tirent profit de la vulnérabilité des candidats à l’exil ».
Un prévenu acquitté sur certains chefs
La défense de l’un des passeurs présumés a également réagi au verdict. Son avocat, Romain Vanni, s’est déclaré satisfait de la décision, précisant que son client avait été acquitté des chefs d’accusation d’homicide involontaire et de coups et blessures involontaires.
Selon l’avocat, le tribunal a notamment estimé que son client pouvait purger sa peine d’un an de prison sous surveillance électronique, compte tenu de sa réinsertion dans la société française.
Par ailleurs, une enquête est toujours en cours concernant sept militaires mis en examen, soupçonnés de ne pas avoir porté secours aux naufragés.
Une traversée financée à 3 200 dollars
Le témoignage d’un survivant a également permis aux enquêteurs de mieux comprendre le parcours des migrants. Il a indiqué avoir déjà participé à une précédente tentative de traversée de la Manche avec 53 autres personnes. Cette tentative avait échoué et les migrants avaient été ramenés sur les côtes françaises par les équipes de sauvetage.
Selon son témoignage, sa famille restée en Irak avait financé son voyage à hauteur de 3 200 dollars. Il a également expliqué que le même réseau de passeurs avait organisé la seconde tentative, celle du 24 novembre 2021, qui s’est soldée par le naufrage.
Cinq ans après le drame, le procès aura ainsi permis de retracer les conditions dans lesquelles cette traversée avait été organisée et de juger plusieurs personnes soupçonnées d’y avoir participé. Pour les familles, le verdict marque une étape judiciaire, alors que l’enquête sur les responsabilités liées aux secours se poursuit.
TALLEB DE LA