| Le Qatar met en garde contre une possible installation durable de l’instabilité dans le Golfe, sur fond de conflit entre les États-Unis et l’Iran. Doha s’inquiète particulièrement des perturbations dans le détroit d’Ormuz, estimant qu’un « tabou » a été brisé avec l’utilisation des grandes voies maritimes internationales comme moyen de pression. |
Le Qatar tire la sonnette d’alarme sur l’évolution de la situation sécuritaire dans le Golfe. Lundi, le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed Al Ansari, a appelé les États de la région à redoubler d’efforts pour empêcher que l’instabilité actuelle ne devienne une nouvelle normalité.
S’exprimant lors du Forum Hili à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, le responsable qatari a estimé que le Golfe ne pouvait désormais plus être considéré comme une région durablement préservée des crises qui secouent le Moyen-Orient.
« Nous ne pouvons plus tenir pour acquis que cette région restera un havre de stabilité. Ce n’est plus la réalité », a-t-il déclaré.
Doha plaide pour une plus grande interdépendance économique
Pour Majed Al Ansari, la recherche d’une solution durable aux tensions entre Washington et Téhéran ne peut se limiter aux accords diplomatiques et aux initiatives de médiation.
Le responsable estime qu’une plus forte interdépendance économique entre les pays de la région est indispensable pour réduire durablement les risques de conflit.
« Toute solution, tout accord signé, toute médiation ne fera rien de plus que geler le conflit s’il n’existe pas une véritable interdépendance économique dans la région, où la décision de perturber nos économies signifie perturber la vôtre », a-t-il expliqué.
Il a regretté que les économies du Golfe demeurent largement « cloisonnées », y compris entre des pays alliés et partenaires stratégiques, et a plaidé pour un renforcement des échanges économiques régionaux.
Le détroit d’Ormuz au cœur des inquiétudes
Le Qatar s’inquiète également de la situation dans le détroit d’Ormuz, passage maritime stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures.
Majed Al Ansari a rappelé que cette voie maritime n’avait jamais été fermée, y compris pendant la guerre Iran-Irak entre 1980 et 1988. Selon lui, les perturbations actuelles marquent un tournant en brisant un « tabou » concernant l’utilisation des grandes voies navigables internationales comme instrument de pression.
« Nous pourrions voir cela se reproduire dans d’autres détroits et d’autres voies navigables à travers le monde, car le tabou a été brisé », a-t-il averti.
Le responsable qatari a également évoqué une situation similaire observée dans le détroit de Bab el-Mandeb, mettant en garde contre le risque de voir ces perturbations se banaliser.
Pour Doha, les tensions autour du détroit d’Ormuz dépassent ainsi les intérêts des seuls pays du Golfe. Elles représentent également un enjeu pour la sécurité internationale et l’économie mondiale.
Les États du Golfe mettent en avant leur « résilience »
Malgré les tensions, Majed Al Ansari a souligné la capacité de résistance des pays du Golfe. Selon lui, plus de 90 % des attaques visant la région ont été déjouées, permettant d’éviter d’importantes perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Il a également affirmé qu’aucun pays du Golfe n’avait été contraint de puiser dans ses réserves et que les gouvernements avaient pris des dispositions pour maintenir l’approvisionnement des marchés internationaux en énergie et en autres produits de base.
Un appel à parler « d’une seule voix »
Face aux défis actuels, le porte-parole de la diplomatie qatarie appelle enfin les États du Golfe à renforcer leur communication sur la scène internationale et à « parler d’une seule voix ».
Cette prise de position intervient à l’occasion de la troisième édition du Forum Hili, organisée à Abou Dhabi autour du thème : « Le Golfe à la croisée des chemins : conflit, conséquences et changement de cap ».
Pour Doha, préserver la stabilité régionale passe désormais autant par la coopération politique et sécuritaire que par un renforcement des liens économiques entre les États du Golfe.
TALLEB DE LA