| Confrontées à des manifestations liées aux pénuries d’eau et à la hausse du coût de la vie, les autorités mauriciennes ont prolongé le couvre-feu jusqu’au vendredi 16 octobre. Les violences, marquées par des pillages et des dégradations de bâtiments publics, ont entraîné 94 interpellations, dont celles de 16 mineurs, et fait sept policiers blessés. |
L’île Maurice traverse une période de fortes tensions sociales. Depuis plusieurs jours, des habitants descendent dans les rues pour dénoncer les difficultés d’approvisionnement en eau et la hausse du coût de la vie. Ces mobilisations ont progressivement dégénéré en affrontements, accompagnés de pillages et d’actes de vandalisme dans plusieurs secteurs du pays.
Face à cette situation, le gouvernement a annoncé, mercredi 14 octobre, la prolongation du couvre-feu instauré la veille. La mesure doit rester en vigueur jusqu’au vendredi matin et concerne dix régions administratives, représentant environ un tiers du territoire mauricien.
Habituellement considérée comme l’un des pays les plus stables de l’océan Indien, l’île Maurice fait ainsi face à une vague de contestation inhabituelle, qui mobilise les forces de sécurité et perturbe les activités quotidiennes.
94 interpellations et sept policiers blessés
Dans un communiqué publié à l’issue d’un Conseil des ministres extraordinaire, les autorités ont fait état de pillages, d’incendies criminels et de dégradations d’infrastructures publiques. Plusieurs commissariats, feux de signalisation et caméras de vidéosurveillance ont notamment été pris pour cible.
Le bilan communiqué fait état de 94 personnes interpellées depuis le début des violences, dont 84 pour la seule journée de mardi. Parmi elles figurent 16 mineurs. Sept policiers ont également été blessés au cours des troubles.
Dans une allocution télévisée, le Premier ministre Navin Ramgoolam a condamné les violences, rappelant que nul ne pouvait se faire justice lui-même. Il a également accusé des trafiquants de drogue d’attiser les tensions.
Selon des sources policières citées par l’Agence France-Presse (AFP), certains réseaux auraient financé des personnes toxicomanes pour attaquer des commissariats. Ces accusations s’inscrivent dans un contexte où les autorités cherchent à identifier les responsables des actes de violence.
Des mesures judiciaires plus strictes à l’étude
Pour répondre à l’ampleur des troubles, le gouvernement envisage des poursuites contre certaines personnes interpellées sur la base de la législation relative à la prévention du terrorisme.
Les autorités étudient également une modification de la loi visant à abaisser de 14 à 12 ans l’âge applicable à la détention et aux poursuites judiciaires des mineurs impliqués dans les émeutes. Cette éventuelle réforme soulève la question du traitement judiciaire des mineurs dans le cadre de ces violences.
Par ailleurs, la mort d’une femme, abattue par un policier selon des témoins, a également marqué cette période de tensions. L’agent mis en cause a été arrêté.
Les conséquences de la crise touchent aussi le secteur éducatif. Par mesure de précaution, le ministère de l’Éducation a annoncé la suspension des cours les jeudi 15 et vendredi 16 octobre dans l’ensemble des établissements maternels, primaires et secondaires.
Une crise sociale dans un pays réputé stable
Indépendante du Royaume-Uni depuis 1968, l’île Maurice a progressivement diversifié son économie, autrefois dominée par la production sucrière. Le tourisme, le textile et les services financiers figurent aujourd’hui parmi les secteurs qui contribuent à son développement économique.
Cependant, les difficultés d’approvisionnement en eau et la hausse du coût de la vie alimentent les frustrations d’une partie de la population. Les manifestations actuelles mettent ainsi en évidence des tensions sociales dans un pays dont la stabilité politique et l’attractivité touristique constituent des atouts majeurs.
La prolongation du couvre-feu et le renforcement envisagé des mesures judiciaires illustrent la réponse des autorités à cette crise. L’évolution de la situation dépendra notamment de la capacité des pouvoirs publics à rétablir la sécurité tout en répondant aux préoccupations exprimées par les manifestants.
POUZE Patrick