Deux ans après la mort de Satnam Singh, un ouvrier agricole indien victime d'un grave accident de travail, la justice italienne a condamné le propriétaire de l'exploitation à 16 ans de prison. Une décision qui relance le débat sur l'exploitation des travailleurs migrants dans le secteur agricole.

 

La justice italienne a condamné, le 8 juillet 2026, un exploitant agricole à 16 ans de prison pour la mort de Satnam Singh, un ouvrier indien décédé en 2024 après un accident de travail. Ce verdict, rendu par le tribunal de Latina, près de Rome, constitue une décision marquante dans une affaire devenue emblématique des abus subis par les travailleurs migrants en Italie.

 

 

Âgé de 31 ans, Satnam Singh avait perdu un bras en manipulant une machine d'emballage dépourvue des dispositifs de sécurité nécessaires. Selon les éléments retenus par la justice, son employeur, Antonello Lovato, n'avait pas alerté les secours.

 

L'exploitant l'avait transporté jusqu'à son domicile dans une camionnette, déposant son bras amputé dans une caisse de fruits. Gravement blessé, l'ouvrier avait finalement été conduit à l'hôpital, où il est décédé des suites de ses blessures.

 

Les magistrats ont reconnu Antonello Lovato coupable d'homicide volontaire avec « intention éventuelle », estimant qu'il avait conscience que son comportement pouvait entraîner la mort de son employé.

 

Une affaire révélatrice de l'exploitation des migrants

Pour la Confédération générale italienne du travail (CGIL), partie civile dans ce procès, cette condamnation représente « un pas vers la justice, attendu depuis longtemps ». Le syndicat dénonce un système reposant sur le recrutement illégal de main-d'œuvre, le travail dissimulé, la coercition et le non-respect de la dignité des travailleurs.

 

Un second procès est toujours en cours afin d'examiner les faits liés à l'exploitation par le travail. Les enquêteurs ont notamment établi que Satnam Singh ne disposait ni d'un contrat de travail ni d'un titre de séjour, tandis que seuls deux salariés étaient officiellement déclarés sur l'exploitation. Selon le parquet, les ouvriers étaient rémunérés 5,50 euros de l'heure, sans déclaration.

 

Un phénomène toujours préoccupant

D'après une étude du syndicat CGIL-Flai, entre 200 000 et 300 000 travailleurs agricoles seraient exposés en Italie au travail irrégulier et à diverses formes d'exploitation. Des organisations de défense des droits des travailleurs dénoncent un système assimilable à une forme d'esclavage moderne.

 

Ce phénomène s'appuie notamment sur le « caporalato », un mode de recrutement illégal dans lequel des intermédiaires fournissent une main-d'œuvre vulnérable aux exploitations agricoles.

 

Des mesures jugées insuffisantes

Depuis la mort de Satnam Singh, le gouvernement italien affirme avoir renforcé son dispositif de lutte contre le travail illégal, notamment grâce à un décret doté de 934 millions d'euros visant à combattre le recrutement illicite de travailleurs.

 

Les syndicats estiment toutefois que ces efforts restent insuffisants. Ils rappellent qu'au début du mois de juin, quatre travailleurs migrants ont trouvé la mort dans un incendie criminel en Calabre, un drame qui illustre, selon eux, la persistance des violences et de l'exploitation dans certains secteurs agricoles.

 

Face aux critiques, le gouvernement de Giorgia Meloni a annoncé un renforcement des inspections tout au long de l'été, avec des contrôles accrus sur les exploitations agricoles et le recours à des drones. Il prévoit également la délivrance d'environ 500 000 visas de travail entre 2026 et 2028, dont plus de 260 000 destinés aux emplois saisonniers dans l'agriculture et le tourisme.

 

La condamnation d'Antonello Lovato marque une étape importante dans la lutte contre l'exploitation des travailleurs migrants en Italie. Pour les syndicats et les organisations de défense des droits humains, ce verdict devra désormais s'accompagner de réformes plus ambitieuses afin de prévenir de nouveaux drames dans le secteur agricole.

 

TALLEB DE LA