| Confronté à une baisse de sa production laitière, le Kenya se tourne vers les importations, notamment en provenance de l’Ouganda, pour répondre à la demande nationale. Cette situation entraîne déjà des ruptures dans certains supermarchés et une hausse des prix pour les consommateurs. |
Le Kenya fait face à des tensions dans son approvisionnement en lait. Alors que la production locale ne suffit plus à satisfaire la demande nationale, le pays importe désormais une partie de ses besoins auprès de ses voisins, notamment l’Ouganda.
Le ministre kényan du Commerce, Lee Kinyanjui, a confirmé le recours aux importations dans un contexte marqué par la diminution des volumes de lait disponibles sur le marché local.
La production recule de 3,7 %
Selon les données du Kenya Dairy Board, les livraisons formelles de lait aux entreprises de transformation sont passées de 84,4 millions de litres en juin à 81,3 millions en juillet, soit une baisse de 3,7 %.
Les premières indications disponibles pour le mois d’août font également état d’un nouveau recul. Cette baisse est notamment liée à une période sèche et froide qui touche plusieurs grandes zones de production laitière.
À Nyeri, des transformateurs interrogés par l’agence publique Kenya News Agency ont également constaté une diminution importante des volumes collectés depuis le milieu de l’année.
Des ruptures et une hausse des prix
Les conséquences commencent à se faire sentir dans les commerces. Certains supermarchés signalent des stocks limités, voire l’absence de certaines marques de lait dans leurs rayons.
Les prix sont également orientés à la hausse. Dans plusieurs points de vente, le prix d’un sachet de 500 millilitres a augmenté de 3 à 5 shillings kényans.
Le gouvernement explique cette situation par plusieurs facteurs, notamment la faiblesse des pâturages, le coût élevé de l’alimentation animale et le déplacement d’une partie de la production vers des intermédiaires proposant de meilleurs prix aux éleveurs.
Selon le ministre de l’Agriculture, Mutahi Kagwe, cette situation réduit les quantités de lait acheminées vers les coopératives et les unités de transformation.
Du maïs jaune importé pour soutenir les éleveurs
Pour tenter d’améliorer la situation, Nairobi a autorisé l’importation en franchise de droits de maïs jaune destiné à l’alimentation animale. L’objectif est de réduire les charges supportées par les éleveurs et d’améliorer la disponibilité du fourrage.
Les autorités étudient également la possibilité d’importer du lait en poudre. Elles souhaitent toutefois éviter un excès d’offre sur le marché dans l’éventualité d’un rebond rapide de la production nationale.
Les acteurs du secteur placent désormais leurs espoirs dans les pluies attendues durant la saison d’octobre à décembre, qui pourraient permettre la régénération des pâturages.
Dans le même temps, le Kenya a renforcé son dispositif de préparation face aux risques liés au phénomène El Niño. Si les précipitations peuvent améliorer la disponibilité du fourrage, elles peuvent également accroître les risques d’inondations dans certaines régions.
Un déficit de plus de deux milliards de litres
Le déséquilibre entre production et consommation reste important. Selon les statistiques du Kenya Dairy Board reprises par Kenya News Agency, la demande annuelle du pays atteint environ 8 milliards de litres de lait, contre une production estimée à 5,76 milliards de litres.
Le déficit s’élève ainsi à environ 2,24 milliards de litres.
Face à cet écart, le gouvernement kényan entend privilégier l’amélioration de la productivité des exploitations locales. L’objectif est de renforcer durablement la production nationale plutôt que de faire des importations une solution permanente aux besoins du pays.
POUZE Patrick