| À l'approche des élections de 2027, le recours à des bandes de voyous rémunérés pour disperser des manifestations et attaquer des opposants suscite de vives inquiétudes au Kenya. Les organisations de défense des droits humains dénoncent un système alimenté par la pauvreté, le chômage et l'impunité. |
Le phénomène des « goons », ces hommes de main recrutés par des responsables politiques, prend une ampleur inquiétante au Kenya. Payés quelques dollars par jour, ces jeunes sont mobilisés pour réprimer des manifestations, intimider des opposants et perturber des réunions publiques, tandis que des défenseurs des droits humains accusent les autorités de fermer les yeux sur ces pratiques.
Une violence politique de plus en plus organisée
Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, les « goons » sont engagés par des acteurs politiques pour mener ce qui est qualifié de « répression informelle ». Ces groupes interviennent régulièrement lors de rassemblements de l'opposition, de manifestations ou de réunions d'organisations de la société civile.
Une étude du cabinet de recherche Odipo Dev indique que ces hommes de main sont rémunérés entre 500 et 1 000 shillings kényans, soit environ 4 à 8 dollars, selon le niveau du responsable politique qui les recrute.
Pour de nombreux jeunes, cette activité constitue l'une des rares sources de revenus. Marius, 27 ans, affirme exercer ce rôle depuis l'adolescence. Originaire d'un quartier défavorisé de Nairobi, il explique avoir abandonné son rêve de devenir chirurgien faute de moyens financiers.
Comme lui, Daniel, diplômé en criminologie mais sans emploi, dit avoir rejoint ces groupes après plusieurs années de recherches infructueuses. Selon la Banque mondiale, près de 800 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail kényan, alors que seulement 100 000 emplois sont créés dans le secteur formel.
Des accusations de complicité
Des défenseurs des droits humains dénoncent également une passivité, voire une complicité de certains membres des forces de l'ordre lors d'attaques menées par ces groupes.
Plusieurs incidents récents ont montré des hommes armés intervenant contre des manifestants ou des militants, tandis que des policiers étaient présents sur les lieux. Les autorités rejettent toutefois ces accusations et assurent que les éventuels agents impliqués font l'objet d'enquêtes.
Un phénomène enraciné dans l'histoire politique
Le recours aux hommes de main ne date pas d'aujourd'hui au Kenya. Les analystes rappellent que cette pratique remonte aux années 1990 et s'est régulièrement manifestée lors des périodes électorales.
À l'approche des élections générales prévues en août 2027, les organisations de défense des droits humains redoutent une recrudescence des violences politiques susceptible de compromettre le bon déroulement du scrutin.
Une menace pour la démocratie
Pour les observateurs, le développement de ces groupes armés traduit les difficultés économiques auxquelles sont confrontés de nombreux jeunes, mais aussi les faiblesses des institutions chargées de garantir la sécurité et la transparence du processus démocratique.
Les défenseurs des droits humains appellent les autorités à renforcer les enquêtes, à poursuivre les commanditaires de ces violences et à créer davantage d'opportunités économiques afin d'offrir des alternatives aux jeunes les plus vulnérables.
À un an des prochaines élections, la montée en puissance des « goons » alimente les inquiétudes quant au climat politique au Kenya. Pour de nombreuses organisations, seule une lutte déterminée contre l'impunité et le chômage permettra d'enrayer durablement ce phénomène qui menace la stabilité du pays.
POUZE PATRICK