Le président kényan William Ruto a annoncé, lundi, le lancement d’un programme d’indemnisation destiné à près de 2 000 personnes victimes de violations des droits humains lors de manifestations. Cette démarche, relativement rare en dehors du cadre judiciaire, vise à apporter une forme de réparation aux citoyens affectés par les violences survenues lors de différents mouvements de contestation à travers le pays.

 

Ces dernières années, le Kenya a été secoué par plusieurs vagues de manifestations ayant entraîné un lourd bilan humain et matériel. Les mobilisations contre l’augmentation des taxes en juin 2024 et en juin 2025 figurent parmi les plus meurtrières, avec des dizaines de morts, des centaines de blessés et d’importants dégâts matériels estimés à plusieurs millions de dollars. Plus récemment, des manifestations liées à l’installation d’un centre de quarantaine destiné à accueillir des ressortissants américains atteints d’Ebola ont également fait trois morts et plusieurs dizaines de blessés.

 

Les premiers versements attendus dès la semaine prochaine

Selon les autorités, les premières indemnisations seront versées dès la semaine prochaine. Les dossiers des bénéficiaires ont été examinés et validés par la Commission nationale des droits humains, chargée de vérifier les préjudices subis. Le coût global du programme est estimé à environ 15 millions de dollars.

 

À l’occasion de la présentation du Rapport-cadre national sur les réparations, William Ruto a tenu à préciser la portée de cette initiative. Le chef de l’État a expliqué qu’il s’agissait avant tout d’une reconnaissance officielle des préjudices endurés par les victimes, sans que cette démarche ne constitue un aveu de responsabilité de la part de l’État.

 

« Ces réparations ne représentent ni le prix de la vie, de la souffrance ou de la perte, ni une récompense pour des actes de violence », a-t-il déclaré. Pour le président kényan, cette politique s’inscrit dans une volonté de guérison collective. « Une nation guérit en prenant soin de ses blessures plutôt qu’en prétendant qu’elles n’existent pas », a-t-il ajouté.

 

Un pas vers la réconciliation nationale

La présidente de la Commission nationale des droits humains, Claris Ogangah, a salué une mesure susceptible de favoriser l’apaisement et la réconciliation au sein de la société kényane. Elle a rappelé que derrière les chiffres et les statistiques se trouvent des personnes dont les souffrances ont souvent été ignorées.

 

« Derrière chaque statistique se cache un être humain, une famille et une communauté dont les souffrances sont souvent restées invisibles », a-t-elle souligné.

 

À travers ce programme d’indemnisation, les autorités kényanes espèrent répondre aux attentes de nombreuses victimes tout en ouvrant la voie à un processus de réparation plus large. Une initiative qui pourrait également servir de référence dans les débats sur la reconnaissance des préjudices liés aux violences politiques et sociales en Afrique.

 

POUZE PATRICK