| Né à Yopougon en 2021, le biama séduit de plus en plus de jeunes Ivoiriens avec ses mouvements acrobatiques, son humour et ses expressions faciales. Porté par des artistes et des créateurs de contenus, le phénomène ambitionne désormais de dépasser les frontières de la Côte d’Ivoire. |
Dans les rues de Yopougon, à Abidjan, le spectacle est devenu familier. Chaque semaine, après les cours, des centaines de jeunes se retrouvent pour danser le biama, une pratique qui mêle pirouettes acrobatiques, pas de danse et expressions faciales destinées à amuser le public. Né dans ce quartier populaire de la capitale économique ivoirienne, le phénomène s’impose progressivement comme un nouveau marqueur de la culture urbaine.
À Yopougon, le biama rassemble les jeunes
Dans le quartier présenté comme le berceau du mouvement, les « biamasseurs » organisent régulièrement des événements en plein air. Au rythme des DJ qui se succèdent sur scène, les jeunes rivalisent d’adresse, d’humour et de créativité.
Pour Junior Koffi, alias « God of War », organisateur de soirées dédiées au biama, cette pratique repose avant tout sur le divertissement.
« Le biama, c'est avant tout s'amuser. En nouchi, on appelle ça le “tchegboya” : c'est une façon de s'amuser, de se lâcher, avec une touche d'humour pour faire rire le public », explique-t-il.
Le mouvement ne se limite toutefois plus aux rues de Yopougon. Il s’est progressivement étendu grâce notamment aux réseaux sociaux et à des figures qui contribuent à sa popularisation.
Dydy Yeman veut exporter le phénomène

Parmi les visages connus du biama figure le danseur et chanteur Dydy Yeman. Ses vidéos ont enregistré des dizaines de millions de vues sur YouTube. L’artiste s’est également produit dans plusieurs pays d’Afrique et en Europe.
Originaire de Yopougon, il revendique fièrement ses racines et voit dans le développement du biama une opportunité de faire connaître cette expression culturelle au-delà de la Côte d’Ivoire.
« Personnellement, je pense que, comme on est de là-bas, on est du quartier, on a naturellement envie de développer le biama aussi, pour pouvoir l'exporter vers d'autres pays et d'autres continents », souligne Dydy Yeman.
Une musique qui accompagne les pas de danse
Le phénomène s’appuie également sur une production musicale qui évolue au rythme des mouvements. Les morceaux associés au biama mélangent plusieurs styles, avec des arrangements conçus notamment pour accompagner les chorégraphies.
Depuis 2022, le studio d’Elie-Michel Assie Diou accueille ainsi de nombreux artistes issus de cet univers.
« Depuis 2022, ici, on a commencé à travailler dans ce studio. C'est à partir de là qu'on a commencé à enregistrer des artistes de tous genres, principalement des artistes du biama », explique l’arrangeur musical, qui estime à près de 50 le nombre d’artistes du mouvement enregistrés dans le studio.
Un phénomène porté par une jeunesse en quête de divertissement
Apparu il y a quelques années dans le sillage du coupé-décalé, le biama a rapidement trouvé un écho auprès de la jeunesse ivoirienne. Dans un pays où près des deux tiers de la population ont moins de 25 ans, cette nouvelle tendance s’est installée dans les pratiques de divertissement.
Pour le sociologue Stéphane Babo, le succès du biama repose notamment sur sa dimension humoristique et son ancrage dans des comportements sociaux.
« Le biama, c’est la joie de vivre ; c’est le rire. Ce sont aussi les expressions faciales », observe-t-il. Selon lui, cette dimension pourrait permettre au mouvement de s’inscrire dans la durée, puisque « nous aurons toujours besoin de rire et de nous taquiner les uns les autres ».
De la salle de jeux vidéo aux millions d’abonnés
L’histoire du biama commence pourtant de manière presque anodine. En 2021, dans une salle de jeux vidéo, un jeune homme exubérant se lève brusquement pour célébrer un gain d’argent. Il improvise alors quelques pas de danse, tandis qu’un ami filme la scène.
Cette séquence marque les débuts d’un mouvement qui va rapidement prendre de l’ampleur, notamment sur les réseaux sociaux.
Aujourd’hui, Karl Guei, connu sous le surnom de « Kalomaman », compte deux millions d’abonnés sur TikTok, selon le journaliste culturel Toussaint Konan.
Né d’une improvisation dans une salle de jeux vidéo à Yopougon, le biama a ainsi progressivement quitté son cadre d’origine pour investir les rues, les scènes et les réseaux sociaux. Un parcours qui témoigne de la capacité des nouvelles expressions urbaines ivoiriennes à se transformer en véritables phénomènes culturels.
KR