Naji Issa a transmis sa lettre de démission aux deux principales institutions législatives rivales de Libye. Sans dévoiler les raisons de sa décision, qu’il qualifie de « sensibles », le gouverneur de la Banque centrale ouvre une nouvelle période d’incertitude pour une institution au cœur des rivalités politiques et économiques du pays.

 

 

Le gouverneur de la Banque centrale de Libye (CBL), Naji Issa, a présenté sa démission à la Chambre des représentants, installée dans l’est du pays, ainsi qu’au Haut Conseil d’État, basé dans l’ouest. Datés du 9 août 2026, les deux courriers ont été authentifiés par leur auteur auprès de Reuters.

 

 

Dans ses lettres, Naji Issa affirme ne plus être en mesure de poursuivre l’exercice de ses fonctions. Il n’a toutefois pas précisé les raisons de son départ, évoquant seulement des motifs « sensibles ».

 

Le Haut Conseil d’État appelle au maintien du gouverneur

 

 

Réagissant à cette annonce, le président du Haut Conseil d’État, Mohamed Takala, a demandé à Naji Issa de rester en fonction jusqu’à l’examen officiel de sa démission.

 

 

Selon lui, le maintien provisoire du gouverneur est nécessaire pour préserver « la stabilité financière, économique et politique » de la Libye. Il souhaite qu’aucun départ effectif n’intervienne avant qu’une décision soit prise conformément aux procédures constitutionnelles et légales.

 

 

Lundi soir, la Chambre des représentants n’avait pas encore officiellement réagi à la démission.

 

 

Une institution au cœur des rivalités libyennes

 

 

Cette annonce intervient dans un contexte politique particulièrement fragile. Depuis 2014, la Libye demeure divisée entre deux pouvoirs rivaux, héritiers de la crise institutionnelle et sécuritaire provoquée par la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.

 

 

Dans l’ouest, le gouvernement établi à Tripoli et reconnu par les Nations unies est dirigé par le Premier ministre Abdulhamid Dbeibah. Dans l’est, une administration concurrente bénéficie notamment du soutien du maréchal Khalifa Haftar.

 

 

Les deux camps se disputent depuis plusieurs années le contrôle des institutions nationales et des ressources publiques, principalement les revenus provenant du pétrole.

 

 

Un compromis conclu après la crise de 2024

 

 

Naji Issa avait été nommé gouverneur en 2024 à la faveur d’un accord conclu entre les deux chambres législatives. Ce compromis devait mettre fin à une grave crise autour du contrôle de la Banque centrale.

 

 

Il avait succédé à Seddik al-Kabir, dont la gestion de l’institution et des fonds publics était contestée par des responsables proches du gouvernement de Tripoli. Ceux-ci l’accusaient notamment de favoriser les autorités rivales de l’est.

 

 

La confrontation avait atteint son point culminant en août 2024, lorsque des factions de l’ouest avaient tenté d’écarter Seddik al-Kabir et de mettre en place un conseil d’administration concurrent.

 

 

En réaction, les autorités de l’est avaient décrété un cas de force majeure et ordonné l’arrêt d’une partie de la production et des exportations de pétrole.

 

 

Une économie fortement dépendante du pétrole

 

 

Cette crise avait entraîné une chute importante de l’activité pétrolière. D’après la National Oil Corporation (NOC), la production avait reculé à environ 600 000 barils par jour, soit près de la moitié de son niveau habituel. Les exportations avaient également été fortement perturbées.

 

 

Cet épisode avait une nouvelle fois démontré la vulnérabilité de l’économie libyenne face aux affrontements politiques. La quasi-totalité des ressources financières de l’État dépend des hydrocarbures, tandis qu’une grande partie des gisements et des infrastructures pétrolières se trouve dans l’est et le sud du pays, largement contrôlés par des forces loyales à Khalifa Haftar.

 

 

La nomination de Naji Issa et de son vice-gouverneur, Miree al-Barasee, avait permis de restaurer progressivement le fonctionnement de la Banque centrale. Soutenu par les Nations unies, cet accord avait également contribué à désamorcer les tensions menaçant la production pétrolière.

 

 

De nouvelles incertitudes financières

 

La démission de Naji Issa ravive désormais les inquiétudes concernant la stabilité et la gouvernance de la Banque centrale. À ce stade, aucune information officielle n’a été communiquée sur son éventuel successeur ni sur le calendrier d’examen de sa demande.

 

 

Dans une Libye toujours divisée, le choix du prochain dirigeant de l’institution monétaire pourrait devenir un nouveau sujet de confrontation entre les autorités de l’est et de l’ouest. La réponse des deux chambres sera donc déterminante pour éviter que cette démission ne déclenche une nouvelle crise politique, financière et pétrolière.

 

 

POUZE PATRICK