La situation des migrants subsahariens en Libye suscite une vive inquiétude. Depuis plusieurs jours, de nombreux exilés affirment être la cible d’opérations d’interpellation massives, d’agressions et de discours de haine, dans un climat de tension croissante à travers plusieurs régions du pays.
À Tripoli, mais aussi dans les villes de Zouara, Sabratha et Zaouïa, des migrants rapportent des arrestations menées dans les rues, sur les lieux de travail et jusque dans les habitations. Selon plusieurs témoignages recueillis par des médias spécialisés, des opérations de contrôle sont régulièrement menées par les services de l’immigration et les forces de sécurité.
« Il y a une véritable chasse aux Noirs en ce moment en Libye », témoigne Ibrahim, un jeune Guinéen vivant dans le pays. Comme de nombreux autres migrants, il affirme limiter désormais ses déplacements par crainte d’être arrêté ou agressé.
À Zaouïa, Bintou, une autre ressortissante guinéenne, confie vivre dans la peur permanente. La jeune mère explique ne plus quitter son domicile, redoutant aussi bien les contrôles policiers que les violences commises par certains groupes criminels ou individus hostiles aux migrants.
Selon plusieurs sources, des barrages routiers ont été installés dans certaines zones de l’ouest libyen afin de contrôler les déplacements et d’identifier les personnes en situation irrégulière. Des migrants affirment également avoir été expulsés de leurs logements ou avoir perdu leur emploi à la suite de nouvelles restrictions visant les travailleurs étrangers.

Dans l’est du pays, sous l’autorité des forces du maréchal Khalifa Haftar, les autorités ont également renforcé les opérations contre l’immigration irrégulière. Plusieurs milliers de migrants auraient été interpellés ces derniers mois, selon diverses sources humanitaires.
Une campagne de désinformation dénoncée
Parallèlement à ces opérations, plusieurs organisations s’inquiètent de la multiplication de messages hostiles aux migrants sur les réseaux sociaux. Des publications contenant des propos haineux et des appels à la violence circulent largement, alimentant les tensions au sein de la population.
Des acteurs humanitaires dénoncent une campagne de désinformation visant à présenter les migrants comme une menace pour la sécurité du pays. Selon eux, cette rhétorique contribue à renforcer un climat déjà très tendu.
Le HCR également visé
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) se retrouve lui aussi au centre des critiques. Jeudi, des centaines de personnes se sont rassemblées devant le siège de l’organisation à Tripoli pour protester contre la présence de migrants dans certains quartiers et réclamer la fermeture des bureaux de l’agence onusienne.
Les manifestants ont accusé le HCR de favoriser l’installation de migrants en Libye, une affirmation rejetée par les Nations unies. Dans un communiqué, la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL) a dénoncé la propagation de fausses informations et de discours de haine visant les agences onusiennes.
L’organisation a rappelé qu’aucun programme de réinstallation de migrants ou de réfugiés n’était mis en œuvre en Libye et a qualifié de « totalement fausses » les allégations circulant sur ce sujet.
Une situation humanitaire préoccupante
Selon les données de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 900 000 migrants et réfugiés étaient présents en Libye à la mi-2024. La plupart d’entre eux vivent dans des conditions précaires et restent exposés aux risques de détention, d’exploitation ou de violences.
Alors que les tensions continuent de s’intensifier, les organisations internationales appellent les autorités libyennes à garantir la sécurité des personnes migrantes et à lutter contre les discours de haine susceptibles d’alimenter davantage les violences.