Symbole du renouveau de l’est de la Libye, l’Université de Benghazi s’apprête à tourner une page douloureuse de son histoire. Dévasté par les affrontements qui ont suivi la chute de Mouammar Kadhafi, cet établissement emblématique du pays est en pleine reconstruction et devrait inaugurer un nouveau campus moderne dès l’automne prochain.
Fondée en 1955, l’Université de Benghazi a longtemps été l’un des principaux pôles d’enseignement supérieur de Libye. Cependant, après les soulèvements de 2011 qui ont conduit à la chute du régime de Mouammar Kadhafi, le campus s’est retrouvé au cœur de violents affrontements opposant des groupes djihadistes aux forces dirigées par Khalifa Haftar.
Les combats ont laissé derrière eux un paysage de désolation. Environ 90 % des infrastructures universitaires ont été détruites, tandis que des manuscrits historiques uniques, vieux de près de 700 ans, ont été pillés avant d’être finalement récupérés par les autorités.
Malgré ces épreuves, les quelque 70 000 étudiants de l’université ont poursuivi leur cursus dans des installations provisoires en attendant la reconstruction du site.
Pour Maryam Alrefadi, diplômée de l’établissement, la situation a considérablement évolué depuis la fin des affrontements. Elle estime que les jeunes disposent aujourd’hui de davantage de possibilités pour concrétiser leurs ambitions.
Selon elle, entre 2014 et 2016, les perspectives étaient très limitées et de nombreux projets personnels ou professionnels semblaient impossibles à réaliser. Désormais, les étudiants peuvent envisager l’avenir avec plus de confiance et élaborer des projets de long terme.
Le même optimisme est partagé par Ayman Al-Qarqouri, diplômé de l’université et directeur d’une société de recrutement. Il souligne que les vastes chantiers de reconstruction engagés dans la ville ont créé de nombreuses opportunités professionnelles pour les jeunes diplômés.
D’après lui, cette dynamique favorise non seulement l’accès à l’emploi, mais offre également aux jeunes la possibilité de créer leurs propres entreprises ou de collaborer avec des sociétés internationales.
La reconstruction de l’université a débuté il y a trois ans sous la supervision du Fonds de reconstruction de la Libye, dirigé par Belgacem Haftar, l’un des fils de Khalifa Haftar. Les portraits du maréchal sont visibles sur le campus, témoignant de l’influence de sa famille dans les projets de réhabilitation de la région.
Toutefois, certains étudiants estiment que les défis restent nombreux. Étudiante en langue anglaise, Ayesha Al-Mogassbi considère que l’accès à l’électricité, à l’eau potable ou à l’alimentation ne devrait plus être perçu comme un luxe, mais comme un droit fondamental déjà acquis.
Pour elle, la jeunesse libyenne aspire désormais à davantage qu’une simple amélioration des conditions de vie. Elle souhaite participer activement au développement du pays et bénéficier d’opportunités à la hauteur de son potentiel.
Afin de soutenir cette ambition, le Fonds de reconstruction de la Libye a récemment obtenu une enveloppe supplémentaire de trois milliards de dollars provenant du budget central de l’État, alimenté par les revenus pétroliers du pays.
La renaissance de l’Université de Benghazi illustre les efforts engagés pour reconstruire une Libye marquée par plus d’une décennie de conflits. Au-delà des bâtiments, c’est l’espoir d’une nouvelle génération qui tente aujourd’hui de se reconstruire et de préparer l’avenir du pays.