| Dans un rapport publié le lundi 19 octobre, l’organisation Human Rights Watch (HRW) dénonce des frappes aériennes ayant fait des victimes civiles, ainsi que des exécutions présumées dans le centre et le nord du Mali. Elle appelle l’Union africaine à exiger des enquêtes indépendantes sur les abus attribués aux différentes parties au conflit. |
Human Rights Watch tire la sonnette d’alarme sur la situation des civils au Mali. Dans un rapport publié lundi 19 octobre, l’organisation de défense des droits humains accuse l’armée malienne, ses alliés russes de l’Africa Corps et des groupes armés d’avoir commis de graves violations du droit international humanitaire dans le centre et le nord du pays.
Pour étayer ses conclusions, HRW s’appuie notamment sur des données de l’ACLED faisant état de 49 frappes aériennes et de 89 civils tués entre avril et août 2026. Sur la même période en 2025, 22 frappes et 44 décès avaient été recensés, selon ces données.
Deux frappes aériennes ayant touché des civils
L’organisation affirme avoir documenté deux frappes qu’elle qualifie d’apparemment indiscriminées. La première, survenue le 29 juillet à Talahandak, dans la région de Kidal, a partiellement détruit un centre de santé.
La seconde s’est produite le 19 août au marché à bétail de Tombonkore, dans la région de Bandiagara. Selon HRW, cette frappe a fait six morts et au moins 20 blessés parmi les civils.
L’état-major malien avait déclaré avoir ciblé un repaire terroriste dans cette localité et neutralisé une vingtaine de combattants. Toutefois, des témoins interrogés par l’organisation ont affirmé qu’aucun membre du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) ne se trouvait sur le marché au moment de l’attaque.
HRW indique que l’armée malienne n’a pas répondu aux questions qui lui ont été adressées le 5 août. De son côté, un porte-parole militaire n’a pas donné suite à une sollicitation de Reuters.
Des soldats maliens auraient été torturés puis exécutés
Le rapport revient également sur l’embuscade survenue le 18 juillet à Tabrichat, dans la région de Gao. Après avoir analysé des vidéos déjà examinées par Amnesty International, Human Rights Watch estime qu’au moins 19 soldats maliens qui s’étaient rendus ont été torturés avant d’être exécutés.
Le comité de la charia du JNIM a reconnu que les meurtres avaient eu lieu, tout en niant avoir ordonné ces exécutions. Le Front de libération de l’Azawad a, pour sa part, rejeté toute responsabilité dans ces faits.
Ces éléments mettent en lumière les accusations de violations graves commises par différentes parties au conflit. Les circonstances précises des faits et les responsabilités individuelles restent toutefois des questions qui nécessitent des investigations indépendantes.
Cinq jeunes filles tuées près de Niono
Human Rights Watch rapporte par ailleurs que cinq filles âgées de 10 à 13 ans ont été tuées le 12 juillet près de Niono, dans le centre du Mali. Selon l’organisation, elles auraient été prises pour des assaillants par des soldats.
HRW affirme que les militaires concernés se sont ensuite excusés auprès des familles et ont reconnu avoir commis une erreur.
Cet épisode s’ajoute aux autres incidents documentés par l’organisation, qui alerte sur les conséquences des opérations militaires et des affrontements pour les populations civiles.
HRW appelle l’Union africaine à agir
Face à ces accusations, Human Rights Watch demande au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine de tenir une session consacrée à la protection des civils au Mali. L’organisation souhaite également que des enquêtes indépendantes soient menées sur les abus attribués à l’ensemble des parties impliquées dans le conflit.
Cette demande intervient dans un contexte marqué par la multiplication des incidents signalés contre des civils et par la persistance des violences dans plusieurs régions du pays.
Pour Human Rights Watch, la protection des populations et l’établissement des responsabilités doivent occuper une place centrale dans la réponse au conflit. Les enquêtes réclamées par l’organisation devraient permettre de clarifier les circonstances des incidents rapportés et de déterminer les responsabilités éventuelles, dans le respect des procédures d’établissement des faits.
TALLEB DE LA