Le secteur extractif malien a atteint un niveau de performance inédit en 2024. Portées principalement par l’exploitation aurifère, les recettes générées par les industries minières ont rapporté 978,29 milliards de francs CFA au budget national, soit plus de 40 % des revenus publics du pays. Cette progression témoigne de la volonté des autorités de renforcer la contribution du secteur minier à l’économie nationale, malgré les défis liés à la sécurité et aux relations avec certains opérateurs.

 

Selon un rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), publié en mars 2026, les revenus issus du secteur extractif ont représenté 40,93 % des recettes publiques en 2024. Un record qui contraste fortement avec les niveaux enregistrés les années précédentes, soit 27,81 % en 2023 et 34,8 % en 2022.

 

L’or demeure le moteur de l’économie minière

L’or continue de dominer largement les exportations maliennes. En 2024, les ventes du secteur extractif ont représenté 78,8 % des exportations totales du pays, confirmant le rôle central du métal précieux dans l’économie nationale.

 

Parallèlement, le Mali a renforcé sa position sur le marché africain du lithium grâce à l’entrée en production de deux nouvelles mines. Le projet Goulamina, exploité par le groupe chinois Ganfeng Lithium depuis décembre 2024, et la mine de Bougouni, opérée par la société britannique Kodal Minerals depuis février 2025, contribuent à diversifier le secteur. Toutefois, leur apport aux finances publiques reste encore limité comparativement à celui de l’or.

 

Une stratégie gouvernementale payante

Cette hausse exceptionnelle des recettes minières s’explique en grande partie par les réformes engagées par les autorités maliennes. Le nouveau code minier adopté en 2023 a porté la participation de l’État dans les projets miniers de 20 % à 35 %, dont 5 % réservés aux investisseurs nationaux.

 

À la suite d’un audit du secteur, plusieurs contrats ont également été renégociés avec les compagnies minières. Selon l’ITIE, ces renégociations ont permis à l’État d’encaisser 331,64 milliards de francs CFA supplémentaires. Un montant important, même s’il demeure inférieur aux 500 milliards de francs CFA annoncés auparavant par le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou.

La flambée des cours de l’or sur les marchés internationaux a également contribué à cette performance. En 2025, le métal jaune a enregistré une progression spectaculaire, atteignant un prix moyen annuel de 3 431 dollars l’once, soit une hausse de 44 % sur un an.

 

Une baisse de production malgré des recettes en hausse

Malgré ces résultats financiers, la production industrielle d’or a connu un net recul en 2025. Elle est passée de 54,8 tonnes en 2024 à 42,2 tonnes, soit une baisse de 22,9 %.

 

Cette contraction s’explique principalement par le différend opposant l’État malien au groupe Barrick Mining concernant l’application du nouveau code minier. Le conflit a entraîné la suspension temporaire des activités du complexe de Loulo-Gounkoto, considéré comme le plus important site aurifère du pays. Un accord trouvé entre les deux parties a toutefois permis une reprise progressive des opérations à la fin de l’année 2025.

 

Des perspectives plus favorables pour 2026

L’année 2026 s’annonce sous de meilleurs auspices pour l’industrie minière malienne. Au cours du premier trimestre, la mine exploitée par Barrick a produit près de 80 000 onces d’or, avec un objectif annuel supérieur à 360 000 onces.

 

Dans le même temps, les cours du métal précieux poursuivent leur progression. Selon les prévisions de la Banque mondiale, le prix de l’or a augmenté de 17 % au premier trimestre et pourrait enregistrer une hausse moyenne de 37 % sur l’ensemble de l’année.

 

Le Fonds monétaire international table quant à lui sur une croissance économique de 5,5 % pour le Mali en 2026, portée notamment par la reprise de la production aurifère. Toutefois, la réalisation de ces perspectives dépendra de la capacité des principales mines à maintenir leur rythme d’exploitation, dans un contexte où l’insécurité et la menace des groupes jihadistes continuent de peser sur les activités minières du pays.

 

Une dépendance toujours forte à l’or

Si les performances enregistrées confirment le poids stratégique du secteur minier dans l’économie malienne, elles rappellent également la forte dépendance du pays à l’or. Le développement progressif de la filière lithium pourrait contribuer à diversifier les sources de revenus à moyen terme, mais le métal jaune demeure, pour l’instant, le principal pilier des finances publiques du Mali.

 

SY