À Nouadhibou, principal port de la façade atlantique mauritanienne, l’espoir d’une traversée vers l’Europe continue d’attirer des milliers de migrants originaires d’Afrique de l’Ouest. Longtemps considérée comme l’un des principaux points de départ vers les îles Canaries, cette route migratoire est aujourd’hui confrontée à un durcissement sans précédent des contrôles mis en place par les autorités mauritaniennes.

 

Contrôles d’identité renforcés, surveillance accrue des côtes, arrestations de passeurs et expulsions massives : les mesures engagées ces dernières années ont considérablement réduit le nombre de départs clandestins depuis les côtes mauritaniennes.

Selon Ahmed Moulaye, responsable de la lutte contre la migration maritime irrégulière au sein des garde-côtes mauritaniens, les résultats enregistrés sont significatifs.

« Les départs depuis Nouadhibou et Nouakchott sont en nette diminution. Plus de 8 000 migrants ont été interceptés en 2024, contre environ 4 300 en 2025. Sur les quatre premiers mois de 2026, ce chiffre tombe à seulement 126 », a-t-il indiqué.

Cette offensive sécuritaire est intervenue dans le sillage du partenariat conclu en 2024 entre la Mauritanie et l’Union européenne. D’un montant de 210 millions d’euros, cet accord s’inscrit dans la stratégie européenne visant à renforcer le contrôle des flux migratoires en dehors de ses frontières.

Si cette politique est présentée comme efficace dans la lutte contre l’immigration irrégulière, elle suscite également de vives critiques. Plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent les conséquences de ces mesures sur les migrants. Dans un rapport publié en 2025, Human Rights Watch évoque notamment des cas de violences physiques, d’extorsions, d’expulsions sommaires ainsi que d’autres abus touchant parfois des personnes bénéficiant du statut de réfugié.

Malgré les risques et les obstacles croissants, de nombreux candidats au départ continuent de nourrir le rêve européen. C’est le cas d’Ahmed, un ressortissant sénégalais expulsé une première fois en 2024. Revenu en Mauritanie, il travaille aujourd’hui comme maçon afin d’économiser les 1 200 euros nécessaires pour tenter une nouvelle traversée.

Comme lui, de nombreux jeunes Africains considèrent encore l’émigration comme une opportunité de construire un avenir meilleur face au manque de perspectives économiques dans leurs pays d’origine.

Ville stratégique située sur une péninsule partagée avec le Sahara occidental, Nouadhibou demeure un point de convergence majeur pour les migrants. Beaucoup y exercent des activités temporaires avant d’envisager un départ depuis les zones côtières proches du territoire sahraoui. Dans la ville, les opérations de contrôle visant les personnes en situation irrégulière se sont intensifiées ces derniers mois.

Face à cette situation, certains migrants choisissent de renoncer à leur projet et envisagent un retour volontaire dans leur pays. Mais pour beaucoup, la question de fond reste inchangée : celle des opportunités économiques.

« Pour lutter réellement contre la migration irrégulière, il faut créer des emplois et ouvrir davantage de voies légales de migration. Les jeunes veulent travailler. Si nous avions eu des perspectives chez nous, beaucoup ne seraient jamais partis », témoigne Laylay, un migrant sénégalais qui souhaite rentrer dans son pays.

Selon plusieurs médias mauritaniens, des dizaines de milliers de personnes auraient été expulsées au cours de l’année 2025. Toutefois, au-delà des statistiques et des opérations de répression, les causes profondes de la migration demeurent.

Tant que les défis liés à l’emploi, à la pauvreté et aux perspectives d’avenir persisteront dans plusieurs pays africains, Nouadhibou continuera d’incarner, pour de nombreux candidats à l’exil, l’une des dernières portes ouvertes vers l’Europe.