Une étude internationale soutenue par la DW Akademie, l’UNESCO et l’International Fund for Public Interest Media (IFPIM) met en évidence les retombées économiques et sociales du journalisme d’intérêt public. Gouvernance, santé, lutte contre la désinformation ou encore cohésion sociale : le rapport documente plusieurs effets observés, notamment en Afrique.



Investir dans le journalisme indépendant peut produire des bénéfices dépassant largement le secteur des médias. C’est l’un des principaux enseignements de l’étude internationale The Value of Journalism, qui analyse les effets du journalisme d’intérêt public dans plusieurs régions du monde. Selon le rapport, un dollar investi dans le journalisme d’investigation peut générer plus de 100 dollars d’économies pour les finances publiques

 

Des enquêtes aux retombées économiques importantes

En Afrique du Sud, le rapport cite notamment les enquêtes sur les « Gupta Leaks », conduites par amaBhungane et le Daily Maverick. Leur coût est estimé à environ 700 000 dollars, tandis qu’elles auraient contribué à permettre à l’État de récupérer 63 millions de dollars.

 

Au-delà de ces retombées financières, l’étude souligne également le rôle du journalisme dans l’amélioration de la gouvernance et des services publics.

 

En Ouganda, la publication des budgets consacrés à l’éducation aurait permis de faire passer de 13 % à 80 % la part des fonds parvenant effectivement aux écoles. En Tanzanie, des enquêtes radiophoniques ont également conduit à la réalisation de travaux publics à la suite de leur médiatisation.

 

Des effets observés dans le domaine de la santé

L’impact du journalisme s’étend également à la santé publique. Au Burkina Faso, des émissions radiophoniques consacrées au paludisme et à la pneumonie ont contribué, selon l’étude, à une baisse annuelle moyenne de 7,1 % de la mortalité des enfants de moins de cinq ans.

 

Le rapport estime à environ 2 967 le nombre de vies sauvées grâce à ces initiatives.

Le journalisme comme rempart contre la désinformation

L’étude insiste également sur le rôle des médias face à la désinformation, dont le coût économique mondial est estimé entre 350 et plus de 500 milliards de dollars par an.

En République centrafricaine, l’extension de Radio Ndeke Luka aurait notamment contribué à faire reculer de 22 % à 10 % la proportion de citoyens partageant des informations non vérifiées.

Le rapport relève également des effets sur la cohésion sociale et la participation citoyenne. Il cite des programmes de réconciliation au Rwanda, une augmentation de 5 % de la participation électorale au Mozambique ainsi que des campagnes de santé publique au Nigeria.

L’affaiblissement des médias présenté comme un risque

 

Ces résultats interviennent alors que de nombreux médias font face à des difficultés économiques et que les « déserts d’information » se multiplient dans certaines régions, notamment au Soudan du Sud.

 

Selon les auteurs du rapport, l’affaiblissement du journalisme peut favoriser la progression de la désinformation, de la polarisation et des violences.


À travers ces différents exemples, The Value of Journalism présente ainsi le journalisme d’intérêt public comme un bien public dont les bénéfices dépassent le seul secteur médiatique.

Pour les auteurs, ces résultats plaident en faveur d’un soutien accru aux médias indépendants afin de préserver leur contribution à la gouvernance, à la santé publique et à la cohésion sociale.