Amnesty International a vivement critiqué, mardi, le renforcement de la coopération entre l’Union européenne et la Libye en matière migratoire. L’organisation de défense des droits humains estime que cette stratégie intervient dans un contexte marqué par une recrudescence des violations visant les migrants, réfugiés et demandeurs d’asile dans le pays nord-africain.
Amnesty International a dénoncé la volonté de l’Union européenne d’intensifier sa coopération avec les autorités libyennes afin de limiter les départs de migrants vers les côtes européennes. Selon l’organisation, cette démarche intervient alors que les opérations de répression contre les migrants se multiplient en Libye.
Pays de transit majeur pour les candidats à l’exil en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient, la Libye demeure l’un des principaux points de départ vers l’Europe à travers la Méditerranée. Une route migratoire particulièrement dangereuse, empruntée chaque année par des milliers de personnes en quête d’une vie meilleure.
Dans un communiqué, Amnesty International affirme que les autorités rivales qui se disputent le pouvoir en Libye mènent des campagnes d’arrestations massives, de détentions arbitraires et d’expulsions collectives visant les migrants. L’organisation accuse également certains responsables politiques d’alimenter les sentiments anti-migrants à travers des discours qualifiés de xénophobes et racistes.
« L’Union européenne cherche à renforcer sa coopération migratoire avec les autorités libyennes rivales et les groupes armés qui leur sont alliés, alors même qu’ils intensifient leur campagne d’arrestations massives à caractère racial, de détentions arbitraires et d’expulsions collectives illégales », a dénoncé l’organisation basée au Royaume-Uni.
Une coopération controversée
Selon Amnesty International, l’Union européenne envisage notamment la mise en place d’un Centre de coordination des secours maritimes (MRCC) dans la ville de Benghazi, située dans l’est de la Libye.
Pour Diana Eltahawy, directrice régionale adjointe de l’organisation, l’UE porte déjà une part de responsabilité dans les violations commises contre les migrants en raison de son soutien aux garde-côtes libyens, régulièrement impliqués dans l’interception des embarcations en Méditerranée.
Elle estime que l’extension de cette coopération à des groupes armés actifs dans l’est du pays soulève de sérieuses préoccupations en matière de respect du droit international et des droits humains.
Un pays toujours marqué par l’instabilité
Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye reste plongée dans une profonde instabilité politique et sécuritaire. Le pays est aujourd’hui divisé entre le gouvernement basé à Tripoli, reconnu par les Nations unies, et une administration rivale installée dans l’est et soutenue par le maréchal Khalifa Haftar.
Cette fragmentation a favorisé le développement de réseaux de trafic d’êtres humains et multiplié les abus contre les migrants. Les Nations unies et plusieurs organisations internationales documentent régulièrement des cas d’extorsion, de détention arbitraire, de violences et même d’esclavage.
Par ailleurs, la question migratoire alimente de plus en plus les tensions au sein même de la société libyenne. Début juin, plusieurs centaines de personnes ont manifesté devant les bureaux du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à Tripoli pour dénoncer la présence de migrants et de réfugiés en situation irrégulière.
Selon les estimations de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 900 000 migrants et réfugiés vivaient en Libye à la mi-2024. Un chiffre qui illustre l’ampleur du défi migratoire auquel est confronté le pays et qui continue de placer la question des droits humains au cœur des débats entre les autorités libyennes, les organisations internationales et les partenaires européens.