Quatorze personnes comparaissent à partir de ce mardi devant la justice française pour leur implication présumée dans le naufrage du 24 novembre 2021 dans la Manche. Le drame, considéré comme le plus meurtrier jamais enregistré dans cette zone, avait coûté la vie à 31 migrants, dont un enfant de sept ans.

 

Quatorze prévenus sont jugés en France dans l'affaire du naufrage d'une embarcation de migrants survenu le 24 novembre 2021 au large de Calais. Ils sont notamment poursuivis pour homicide involontaire et aide à l'immigration clandestine en bande organisée.

 

Ce jour-là, 31 personnes avaient perdu la vie alors qu'elles tentaient de rejoindre le Royaume-Uni à bord d'un canot pneumatique. Vingt-sept corps avaient été retrouvés, tandis que quatre personnes restent portées disparues.

 

Une traversée qui vire au drame

 

L'alerte avait été donnée par un bateau de pêche français après la découverte de plusieurs corps flottant dans la Manche, à proximité des eaux britanniques.

 

Selon les deux seuls survivants, l'embarcation avait commencé à se dégonfler et à prendre l'eau après plusieurs heures de traversée. Les passagers étaient alors tombés à la mer les uns après les autres.

 

Une douzaine d'appels de détresse auraient pourtant été adressés aux secours français et britanniques.

 

Les victimes étaient principalement des Kurdes irakiens, mais également des ressortissants afghans, éthiopiens et égyptiens. Elles étaient âgées de 7 à 46 ans.

 

114 parties civiles constituées

 

Par son ampleur, le procès s'annonce exceptionnel. Au total, 114 parties civiles se sont constituées, parmi lesquelles figurent les familles des victimes. Une douzaine de proches ont également fait le déplacement depuis Erbil, au Kurdistan irakien, pour assister aux audiences.

 

La majorité des 14 prévenus est née en Afghanistan. Deux d'entre eux, faisant l'objet de mandats d'arrêt, doivent être jugés par contumace.

 

Le parquet leur reproche d'avoir contribué à la mise à l'eau d'une embarcation jugée « non conforme, non certifiée, inapte à la navigation en haute mer, surchargée et dépourvue de gilets de sauvetage appropriés ».

 

L'enquête a notamment permis d'identifier deux filières présumées de passeurs, l'une afghane et l'autre irakienne. Les enquêteurs se sont appuyés sur des relevés téléphoniques et des données de géolocalisation GPS.

 

Les prévenus contestent cependant les accusations. Certains nient avoir agi comme passeurs, tandis que d'autres affirment avoir été de simples migrants ayant eux-mêmes tenté de traverser la Manche.

 

L'intervention des secours également examinée

 

Au-delà du procès des passeurs présumés, un autre volet judiciaire porte sur les conditions d'intervention des secours.

 

Sept militaires français, dont cinq membres d'un centre de coordination des secours maritimes et deux marins d'un navire de patrouille, font l'objet depuis 2023 d'une enquête pour non-assistance à personne en danger.

 

Une enquête britannique publiée en février a estimé que certains décès auraient pu être évités en cas d'intervention plus rapide des autorités françaises et britanniques.

 

Près de douze heures se seraient écoulées entre les premiers appels de détresse et la localisation de l'embarcation par le bateau de pêche. Lorsque celle-ci a été retrouvée, la plupart de ses occupants s'étaient déjà noyés. Cette procédure, distincte du procès qui s'ouvre, pourrait conduire à une seconde audience judiciaire.

 

« Des êtres humains en quête d'une vie meilleure »

 

Pour les avocats des familles, les audiences doivent également permettre de replacer les victimes au cœur du dossier.

 

Matthieu Chirez, avocat de 113 parties civiles, estime que la justice doit demander des comptes à toutes les personnes ayant joué un rôle dans la tragédie.

 

Emmanuel Daoud, autre conseil des victimes, souhaite pour sa part que les trois semaines d'audience permettent de considérer les migrants « non pas comme des statistiques ou des marchandises, mais comme des êtres humains en quête d'une vie meilleure ».

 

Ce procès intervient dans un contexte où des milliers de migrants continuent, chaque année, de tenter la périlleuse traversée de la Manche depuis les côtes françaises pour rejoindre le Royaume-Uni.

 

POUZE Patrick