Après plusieurs semaines de tensions sur l’approvisionnement en carburant dans différentes régions du pays, la pénurie a atteint la capitale nigérienne. Face à cette situation, les autorités ont interdit l’exportation de l’essence et du gasoil afin de privilégier le marché intérieur, alors que la production nationale reste insuffisante pour couvrir la demande.

 

La pénurie de carburant prend de l’ampleur au Niger. Depuis le dimanche 18 octobre, Niamey est à son tour confrontée à des difficultés d’approvisionnement, avec de longues files d’attente devant les stations-service encore alimentées. Les automobilistes et les conducteurs de deux-roues se sont rués vers les points de vente recensés par le ministère du Commerce.

 

Pour tenter de contenir la crise, le gouvernement a décidé de réserver en priorité la production disponible à la consommation nationale. Un arrêté signé le 12 octobre par le ministre du Commerce et de l’Industrie, Abdoulaye Seydou, interdit ainsi l’exportation de l’essence super et du gasoil. Une dérogation ne pourra être accordée qu’en cas de surplus et après autorisation spéciale du ministre.

 

Une production nationale insuffisante

 

La situation met en évidence les difficultés d’approvisionnement d’un pays pourtant producteur de pétrole. Le Niger extrait environ 90 000 barils de brut par jour dans la zone d’Agadem. Toutefois, la raffinerie de Zinder ne produit qu’environ 20 000 barils par jour, une capacité qui ne permet pas de répondre à l’ensemble des besoins du marché national.

 

Cette insuffisance contraint la Société nigérienne des produits pétroliers (Sonidep) à recourir aux importations d’essence pour compléter l’approvisionnement du pays.

 

La raréfaction du carburant de contrebande en provenance du Nigeria accentue également les tensions. Devenue plus chère après la suppression des subventions nigérianes, cette essence aurait auparavant représenté jusqu’à la moitié du marché nigérien, notamment dans les régions frontalières.

 

Des stations-service à sec depuis plusieurs jours

 

À Niamey, les difficultés d’approvisionnement affectent directement les distributeurs. Plusieurs gérants de stations-service ont indiqué que leurs cuves étaient vides depuis quatre jours.

 

La nouvelle directrice générale de la Sonidep, Fatimata Marafa Salifou, a reconnu l’ampleur des difficultés lors d’une réunion avec les responsables du secteur des hydrocarbures, vendredi.

 

« On dit que le Niger a le pétrole mais nous continuons de souffrir », a-t-elle déclaré, soulignant le décalage entre les ressources pétrolières du pays et les difficultés rencontrées par les consommateurs.

 

Cette situation relance la question de la capacité du système national de production et de distribution à satisfaire durablement la demande intérieure, malgré l’exploitation du pétrole sur le territoire.

 

Le gouvernement écarte une hausse des prix

 

Face à la pénurie, les autorités cherchent à préserver l’approvisionnement du marché sans alourdir davantage les dépenses des ménages. Le général Abdourahamane Tiani a, pour l’heure, exclu une augmentation des prix à la pompe.

 

Cette orientation intervient dans un contexte où les difficultés d’accès au carburant peuvent perturber les déplacements et les activités économiques. Le gouvernement doit donc concilier la gestion des stocks disponibles, les besoins du marché intérieur et la maîtrise du coût de la vie.

 

Au début du mois d’octobre, le dirigeant nigérien avait également limogé le précédent directeur général de la Sonidep, sans que les raisons de cette décision soient rendues publiques.

 

L’évolution de la situation dépendra notamment de la capacité des autorités à rétablir un approvisionnement régulier et à réduire l’écart entre la production disponible et la demande nationale. L’interdiction des exportations constitue une mesure immédiate, mais les difficultés actuelles mettent aussi en lumière les limites du dispositif d’approvisionnement du Niger.

 

POUZE Patrick