Face à la montée des violences sexuelles et sexistes, les autorités de l’État de Rivers misent sur les nouvelles technologies et une approche centrée sur les victimes pour renforcer les enquêtes et les poursuites judiciaires.
La police de l’État de Rivers, dans le sud du Nigeria, a inauguré à Port Harcourt un « Gender Lab », un laboratoire spécialisé dédié à l’amélioration des enquêtes, de la documentation et du traitement judiciaire des violences sexuelles et sexistes (VSS).
Installé au sein du Département des enquêtes criminelles de l’État (SCID), ce centre a été créé avec le soutien de la Global Security Sector Reform Foundation (GS-Foundation), une organisation allemande à but non lucratif engagée dans la promotion de systèmes de sécurité efficaces, responsables et démocratiques dans les pays confrontés à l’instabilité ou aux conflits.
L’action de cette fondation s’inscrit dans le cadre de la stratégie allemande de réforme du secteur de la sécurité adoptée en 2019, avec pour objectif de renforcer durablement la résilience et la stabilité des États partenaires.
Une technologie au service des victimes
Le Gender Lab associe des outils médico-légaux modernes à des systèmes numériques de conservation des preuves. L’approche retenue place également les victimes au cœur du dispositif grâce à des espaces sécurisés dédiés au soutien psychosocial, au conseil et à l’assistance juridique, selon la GS-Foundation.
Le centre ambitionne aussi de devenir une plateforme de formation pour les forces de l’ordre. Les policiers y seront formés aux techniques d’enquête sensibles au genre, tandis que l’exploitation des données permettra d’identifier plus efficacement les tendances et de renforcer les stratégies de prévention.
Un défi majeur pour le Nigeria
Cette initiative intervient dans un contexte marqué par une augmentation persistante des violences sexuelles et sexistes, alimentée notamment par les difficultés économiques, les déplacements de populations et l’insécurité. D’après les Nations unies, près d’une femme sur trois au Nigeria a déjà été victime de violences physiques ou sexuelles.
Malgré l’ampleur du phénomène, de nombreux cas demeurent non déclarés. Les obstacles sont multiples : manque d’infrastructures médico-légales adaptées, difficultés à réunir des preuves recevables devant les tribunaux, stigmatisation des victimes, peur des représailles et méfiance envers les institutions.
Dans l’État de Rivers, les organisations de la société civile réclament depuis plusieurs années un renforcement des capacités institutionnelles afin d’améliorer la protection des victimes et la collecte de données, considérée comme essentielle à l’élaboration de politiques publiques efficaces.
Vers une meilleure lutte contre l’impunité
Selon plusieurs organisations internationales, les violences fondées sur le genre qu’il s’agisse de violences conjugales, de viols, de harcèlement ou de cyberharcèlement tendent à s’aggraver dans les contextes d’instabilité, de conflit ou lorsque l’accès à la justice demeure limité.
Le nouveau Gender Lab entend ainsi contribuer à renforcer la lutte contre l’impunité et à améliorer la prise en charge des victimes.