Un homme accusé d’avoir créé une fausse agence gouvernementale, falsifié des documents présidentiels et opéré pendant plus d’un an depuis les locaux du Secrétariat fédéral comparaîtra le 27 juillet 2026 devant la Haute Cour fédérale d’Abuja. Une affaire déjà retentissante qui prend une nouvelle dimension après la découverte d’une ligne budgétaire officielle au nom de cette structure que la Présidence affirme pourtant fictive.

 

Le Nigérian Adeniyi Adeyemi Matthew est poursuivi sous huit chefs d’accusation pour avoir prétendument créé une fausse agence gouvernementale, fabriqué des lettres de nomination présidentielle et exercé ses activités depuis un bureau situé au sein du Complexe du Secrétariat fédéral d’Abuja. L’information a été rendue publique dans un communiqué de la Présidence, publié le mercredi 1er juillet par son conseiller spécial à l’information, Bayo Onanuga.

 

Selon les autorités, l’organisation dénommée Presidential Foreign Intervention Promotion Council (PFIPC) n’a jamais existé en tant qu’agence fédérale. Se présentant comme son directeur général grâce à des documents de nomination attribués au chef de cabinet du président Bola Tinubu, Femi Gbajabiamila, Adeniyi Adeyemi aurait multiplié les démarches officielles. Il aurait notamment rencontré des ambassadeurs, le président de la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC), le vice-président de la Chambre des représentants, sollicité une note verbale du ministère des Affaires étrangères pour l’obtention de visas américains destinés à ses collaborateurs présumés, ainsi que demandé la mise à disposition de trois agents du bureau du Comptable général de la Fédération.

 

Arrêté le 27 octobre 2025 dans son bureau du Secrétariat fédéral par la police nigériane, il a été mis en examen le 27 novembre 2025 avec deux co-accusés, Femi et Anu, dont les autorités ignorent toujours la localisation.

 

 

Adeniyi Adeyemi rejette les accusations portées contre lui. Remis en liberté sous caution, il a de nouveau affirmé en juin 2026 avoir effectivement été nommé par Femi Gbajabiamila, obligeant ce dernier à publier un second démenti le 8 juin 2026.

 

L’accusé affirme également que le chef de cabinet du président aurait exigé 48 % du budget prévu pour le lancement de l’agence, soit près de 27 milliards de nairas, et qu’il aurait perçu, par l’intermédiaire d’un tiers, 400 millions de nairas. La Présidence n’a, à ce jour, apporté aucune réponse publique à ces accusations. L’ensemble des faits allégués demeure soumis à l’appréciation de la justice et la présomption d’innocence s’applique à toutes les personnes concernées.

 

Une ligne budgétaire qui soulève des interrogations

L’affaire a pris une tournure encore plus sensible après que plusieurs médias nigérians ont révélé que le PFIPC figurait aux pages 50 et 51 de la loi de finances 2026, promulguée par le président Bola Tinubu. Une enveloppe de 1,302 milliard de nairas, soit environ 713 000 euros, y est attribuée à cette structure.

 

La Présidence n’a pas expliqué comment une agence qu’elle présente comme inexistante a pu être inscrite dans un texte budgétaire officiel. Interrogé par le Daily Post, un analyste budgétaire a rappelé que le chef de cabinet du président ne dispose d’aucune compétence légale pour inscrire une agence au budget, cette procédure relevant exclusivement du Bureau du budget de la Fédération et du ministère des Finances.

 

Face à cette situation, l’avocat et défenseur des droits civiques Femi Falana a réclamé la mise en place d’un panel d’enquête indépendant ainsi que le retrait temporaire de Femi Gbajabiamila de ses fonctions pendant les investigations. L’ancien vice-président Atiku Abubakar a, lui aussi, demandé des explications, critiquant la gestion de la communication de la Présidence dans cette affaire.

 

Trente-quatre comptes bancaires découverts

Les enquêteurs indiquent avoir identifié 34 comptes bancaires liés à Adeniyi Adeyemi, dont neuf auraient été ouverts au nom de prétendues agences gouvernementales fictives. Ils affirment également qu’un compte aurait été créé à la Banque centrale du Nigeria (CBN) à l’aide de documents falsifiés, par l’intermédiaire du bureau du Comptable général de la Fédération. La Présidence assure toutefois qu’aucun fonds public n’a été versé sur ce compte.

 

Autre élément marquant du dossier, Dolapo Babatunde Tanimola, présenté par l’accusé comme l’intermédiaire ayant facilité sa mise en relation avec Femi Gbajabiamila, est décédé le 22 octobre 2025 dans l’incendie d’un hôtel à Utako, un quartier d’Abuja, soit cinq jours avant l’arrestation d’Adeyemi. Ce dernier demande que les circonstances de cette mort soient intégrées à une éventuelle enquête indépendante.

 

Les perquisitions menées au bureau du Secrétariat fédéral ainsi qu’au domicile de l’accusé, à Suleja, dans l’État du Niger, ont permis la saisie de lettres de nomination présumées falsifiées, de papiers à en-tête officiels, de courriers adressés à plusieurs administrations publiques et de diverses photographies.

 

Le dossier, enregistré sous la référence FHC/ABJ/CR/2025, est inscrit au rôle de la Haute Cour fédérale d’Abuja pour une audience prévue le 27 juillet 2026. Au-delà du procès, cette affaire pourrait raviver le débat sur les mécanismes de contrôle des institutions publiques et sur la transparence du processus budgétaire au Nigeria.

 

KR