La 9e Conférence du Réseau africain des Autorités de protection des données personnelles (RAPDP) s’est poursuivie ce mardi 19 mai à Abidjan avec plusieurs panels et conférences consacrés aux défis actuels liés à la protection des données personnelles sur le continent africain.

Parmi les moments marquants de cette deuxième journée figure le Panel 5, organisé autour du thème : « Santé numérique et données sensibles ». Cette rencontre a réuni plusieurs experts de haut niveau, dont Nnena Nwakanma, catalyseur en chef du Partenariat sur l’intelligence artificielle, la technologie et l’innovation en santé (PAATHI).

La santé et les données personnelles étroitement liées

Au cours de son intervention, Nnena Nwakanma a rappelé que la santé constitue un droit fondamental directement lié aux données personnelles. Selon elle, les informations de santé font partie des données sensibles puisqu’elles permettent d’identifier un individu à travers son état sanitaire.

Elle a expliqué que les données personnelles couvrent plusieurs dimensions de la vie humaine, notamment l’identité physique, sanitaire, financière, citoyenne ou encore les déplacements. À l’ère du numérique, ces informations deviennent une véritable extension de la personne à travers l’identité numérique.

« Aujourd’hui, les individus peuvent interagir à distance, travailler, accéder à des services ou échanger avec des institutions grâce au numérique », a-t-elle souligné.

Le numérique transforme le secteur de la santé

L’experte a également mis en avant les opportunités qu’offre le numérique au secteur de la santé en Afrique. Selon elle, les nouvelles technologies permettent désormais de réduire les distances et de faciliter l’accès aux services médicaux.

Elle a notamment évoqué le développement de la télémédecine ainsi que l’utilisation des données synthétiques, rendues possibles grâce à l’intelligence artificielle. Ces données, générées artificiellement mais proches de la réalité, contribuent à la recherche scientifique, aux simulations médicales et à l’innovation dans le domaine sanitaire.

Pour Nnena Nwakanma, l’intelligence artificielle représente aujourd’hui un levier stratégique pour moderniser les systèmes de santé africains et accélérer le développement de solutions innovantes adaptées aux réalités du continent.

Des défis liés à la sécurité et à la gouvernance

Toutefois, l’experte a insisté sur les défis majeurs liés à la sécurité des données. Avec le stockage à distance via le cloud et la circulation massive des informations numériques, les risques de fuite ou d’atteinte à la vie privée demeurent importants.

Elle a rappelé qu’aucun système n’offre une sécurité absolue, d’où la nécessité pour les États africains de renforcer la gouvernance des données à travers des cadres réglementaires solides et des mécanismes de contrôle efficaces.

Selon elle, les données personnelles doivent être protégées au même titre qu’un patrimoine national. Cela implique une réglementation stricte, un contrôle des accès ainsi qu’une responsabilisation de tous les acteurs concernés, notamment les institutions, les professionnels de santé et les utilisateurs.

Vers une souveraineté numérique africaine

Au-delà des enjeux de sécurité, Nnena Nwakanma a plaidé pour une véritable souveraineté numérique africaine. Elle a annoncé que plusieurs partenariats autour de l’intelligence artificielle, de la technologie et de l’innovation en santé sont actuellement en cours de développement afin de renforcer la gouvernance des données sur le continent.

Dans cette dynamique, un premier Sommet sur la souveraineté de l’intelligence artificielle en santé est prévu à Kigali, du 30 septembre au 2 octobre prochains. Cette rencontre internationale réunira plusieurs acteurs du secteur afin d’approfondir les réflexions autour de la gouvernance et de l’innovation numérique en Afrique.

Pour rappel, la 9e Conférence du Réseau africain des Autorités de protection des données personnelles se tient à Abidjan du 18 au 21 mai 2026 autour du thème : « La régulation des technologies innovantes : enjeux, défis et perspectives des autorités de protection en Afrique ».