Alors que les autorités sanitaires poursuivent leurs efforts pour contenir l’épidémie d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo, les rumeurs et la désinformation continuent de freiner la mobilisation contre la maladie. Dans plusieurs localités de la province de l’Ituri, une partie de la population demeure sceptique quant à l’existence même du virus ou aux mesures mises en place pour lutter contre sa propagation.
L’épidémie, officiellement déclarée le 15 mai dernier, aurait déjà fait de nombreuses victimes avant même son identification par les autorités sanitaires. Selon les responsables de la santé publique, le virus circulait depuis plusieurs semaines sans être détecté, favorisant sa propagation dans certaines communautés.
Malgré les campagnes de sensibilisation, certaines familles continuent de privilégier les remèdes traditionnels, notamment l’aloe vera, au détriment des soins médicaux recommandés. Cette situation est aggravée par la peur de l’hospitalisation et la méfiance envers les structures de santé.
« Beaucoup de personnes ne croient pas à l’existence d’Ebola et préfèrent rester chez elles lorsqu’elles tombent malades. Elles craignent également les conditions d’enterrement imposées par les autorités sanitaires », témoigne Chantie Joe Kiss, habitante de la région.
En raison du caractère hautement contagieux du virus après le décès des patients, les autorités supervisent les funérailles afin de limiter les risques de transmission. Une pratique qui entre parfois en conflit avec les traditions locales et alimente les frustrations de certaines familles.
Dans plusieurs localités, de fausses informations circulent également sur les réseaux sociaux. Certains habitants affirment ne pas savoir reconnaître les symptômes de la maladie et doutent de l’authenticité des images diffusées pour sensibiliser la population.
D’autres rumeurs vont encore plus loin. Certaines prétendent que des organisations étrangères auraient inventé l’épidémie pour obtenir des financements, tandis que d’autres accusent les campagnes de vaccination de propager elles-mêmes le virus. « J’ai entendu dire que les vaccins servaient à infecter les gens avec Ebola. C’est pourquoi je refuse de me faire vacciner et je ne laisserai pas non plus ma famille le faire », explique Christophe Amani, un habitant de Bunia.
Face à cette situation, les médias locaux tentent de renforcer les actions de sensibilisation. Verite Johnson, animateur à la radio et télévision Mont Bleu de Bunia, estime que l’information reste l’une des principales armes pour lutter contre la désinformation et convaincre les populations de l’importance des mesures sanitaires.
Selon plusieurs observateurs, cette méfiance trouve ses racines dans un contexte marqué par des décennies de conflits armés, de déplacements de populations et d’instabilité, qui ont fragilisé la confiance entre les communautés et les institutions.
Pour les autorités sanitaires, la lutte contre Ebola ne se limite plus à la prise en charge des malades. Elle passe également par un combat quotidien contre les rumeurs et la désinformation, considérés aujourd’hui comme des obstacles majeurs à l’endiguement de l’épidémie dans l’est de la RDC.