Deux ans après leur victoire historique à l’élection présidentielle de 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko empruntent désormais des chemins différents. Longtemps symbolisée par le slogan « Sonko, c’est Diomaye », leur alliance politique a officiellement volé en éclats avec le limogeage d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre le 22 mai 2026, ouvrant une nouvelle page de la vie politique sénégalaise.
L’image du tandem uni qui avait porté l’alternance au Sénégal semble aujourd’hui appartenir au passé. En mars 2024, à leur sortie de prison, les deux hommes incarnaient l’espoir d’une large partie de la population sénégalaise. Privé de candidature après son invalidation par le Conseil constitutionnel, Ousmane Sonko avait alors porté son choix sur son fidèle allié Bassirou Diomaye Faye pour représenter le PASTEF à l’élection présidentielle.
La stratégie s’était révélée gagnante. Quelques jours seulement après leur libération, Bassirou Diomaye Faye remportait le scrutin dès le premier tour avec plus de 54 % des suffrages, consacrant ainsi une nouvelle alternance politique dans le pays.
Une relation fragilisée par l’exercice du pouvoir
Derrière l’image d’unité affichée pendant la campagne présidentielle se cachait toutefois une réalité plus complexe. Si Ousmane Sonko demeurait la figure emblématique du PASTEF et du mouvement d’opposition, Bassirou Diomaye Faye, devenu président de la République, devait désormais assumer les responsabilités et les prérogatives de la fonction suprême.
La nomination de Sonko à la Primature avait dans un premier temps permis de préserver l’équilibre entre les deux hommes. Mais au fil des mois, les différences de vision et les ambitions politiques ont progressivement fait apparaître des tensions au sein du pouvoir.
Le président sénégalais a cherché à affirmer son autonomie institutionnelle, tandis qu’Ousmane Sonko conservait une influence considérable au sein du PASTEF et de la majorité parlementaire issue des élections législatives de 2024.
Des divergences de plus en plus visibles
Les premiers désaccords publics ont émergé à la fin de l’année 2025 autour de la gestion de la coalition présidentielle. Par la suite, les divergences se sont accentuées sur plusieurs dossiers majeurs, notamment la gestion de la dette publique, les relations avec le Fonds monétaire international (FMI) ainsi que la conduite des réformes promises durant la campagne.
Alors qu’Ousmane Sonko défendait une ligne plus radicale et plus offensive vis-à-vis de l’ancien système politique, Bassirou Diomaye Faye privilégiait une approche davantage axée sur le dialogue institutionnel et la stabilité.
Au début de l’année 2026, les tensions sont devenues de plus en plus perceptibles. Les prises de position publiques des deux responsables ont progressivement révélé l’existence d’un désaccord profond sur l’orientation du projet politique porté par le PASTEF.
Le 22 mai 2026, Bassirou Diomaye Faye a officiellement mis fin aux fonctions de son Premier ministre par décret présidentiel. Cette décision a entraîné la dissolution du gouvernement et confirmé la rupture entre les deux anciens compagnons de lutte.
Quelques jours plus tard, Ousmane Sonko rebondissait sur le plan institutionnel en étant élu président de l’Assemblée nationale avec une large majorité des voix. Une fonction qui lui permet de conserver un rôle central dans le paysage politique sénégalais.
Dans le même temps, le chef de l’État a nommé Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô à la Primature et formé un nouveau gouvernement sans les principaux cadres du PASTEF, dont plusieurs ont refusé d’y participer.
La présidentielle de 2029 déjà en ligne de mire
Au-delà des divergences actuelles, de nombreux observateurs estiment que la question de l’élection présidentielle de 2029 constitue l’un des principaux points de friction entre les deux hommes.
Pour une partie des militants du PASTEF, Bassirou Diomaye Faye devait initialement porter le projet politique du parti en attendant le retour d’Ousmane Sonko dans la course présidentielle. Mais l’exercice du pouvoir a modifié les équilibres et renforcé les ambitions propres du chef de l’État.
La réforme électorale adoptée en 2026 et les débats autour d’une éventuelle candidature de Sonko en 2029 ont ainsi alimenté les spéculations sur une rivalité de plus en plus assumée entre les deux figures majeures du mouvement.
Un nouvel équilibre politique au Sénégal
Le Sénégal se retrouve désormais dans une configuration politique inédite. D’un côté, Bassirou Diomaye Faye exerce les fonctions présidentielles avec un gouvernement qui lui est fidèle. De l’autre, Ousmane Sonko conserve le contrôle politique du PASTEF ainsi qu’une influence majeure à l’Assemblée nationale.
Cette nouvelle donne pourrait peser sur les prochaines échéances électorales, notamment les élections locales de 2027 et les futures batailles politiques en vue de 2029.
La rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko marque la fin d’un symbole qui avait porté l’alternance sénégalaise en 2024. Désormais, les deux anciens alliés se retrouvent à la tête de pôles de pouvoir distincts, dans un contexte où l’avenir politique du Sénégal pourrait être largement influencé par leur rivalité naissante.
KR